Un membre du directoire de Siemens arrêté dans le cadre des affaires de corruption

Un porte-parole du groupe a confirmé des perquisitions à Munich, Erlangen et Nuremberg, qui ont débouché sur la mise en détention préventive de Johannes Feldmayer.

(afp) Pour la première fois mardi, un membre en activité du directoire de Siemens a été arrêté après de nouvelles perquisitions, un rebondissement dans les affaires de corruption de plus en plus étendues dans lesquelles le groupe allemand se débat depuis cinq mois.

Un porte-parole du groupe a confirmé des perquisitions à Munich, Erlangen et Nuremberg (sud), qui ont débouché sur la mise en détention préventive de Johannes Feldmayer.

Celui-ci supervise entre autres les services informatiques. Dans le passé, il avait été responsable stratégique du groupe, et même considéré comme un candidat sérieux pour en prendre la tête.

C'est lui aussi qui avait signé en 2001 un contrat avec l'agence de conseil de Wilhelm Schelsky, le chef du petit syndicat AUB. La justice s'interroge sur l'existence de réelles contreparties et soupçonne, selon la presse, que Siemens ait tenté de réduire l'influence du puissant syndicat IG Metall en s'achetant les bonnes grâces de l'AUB, plus modéré.

Le magazine Der Spiegel n'hésite pas à parler sur son site internet d'une "nouvelle dimension" dans les affaires de corruption touchant le groupe, et croit savoir qu'outre M. Feldmayer, plusieurs "hauts responsables" du groupe auraient aussi été arrêtés.

Après quelques semaines de calme relatif, ces nouveaux développements remettent sur la sellette Siemens, qui a fait beaucoup parler de lui ces derniers temps pour des pratiques en marge de la légalité.

Deux anciens membres du directoire, l'ex-directeur financier Heinz Joachim Neubürger et l'ancien responsable des télécoms Thomas Ganswindt ont déjà été mis en examen dans une affaire de caisses noires qui occupe la justice à l'échelle de plusieurs pays.

Des fonds détournés de la division de télécoms auraient transité par des comptes à l'étranger et financé des pots-de-vin lors de l'octroi de contrats, entre autres lors des Jeux olympiques d'Athènes. La justice a parlé d'au moins 200 millions d'euros, Siemens a dit vouloir passer au crible 420 millions d'euros de versements suspects.

Parallèlement, le tribunal de Darmstadt (ouest) a décidé mardi d'entendre comme témoin un autre membre en exercice du directoire de Siemens, Uriel Sharef. Deux anciens responsables du groupe comparaissent depuis deux semaines pour une autre affaire de corruption remontant à la période 1999-2002, et portant sur des pots-de-vin versés à des dirigeants du groupe d'énergie italien Enel. A l'ouverture du procès, l'un des deux suspects avait fait des aveux mais assuré avoir obéi à des instructions.

Le groupe de Munich est enfin dans le collimateur des autorités européennes de la concurrence. Bruxelles lui a infligé en janvier une amende record pour une entente sur les prix dans les appareillages électriques, et Siemens est concerné par une autre enquête en cours sur des soupçons de cartel dans les transformateurs industriels.

Siemens a beau assurer qu'il coopère avec la justice et affirmer que toutes ces affaires n'ont aucun lien entre elles, cela jette le discrédit sur une entreprise considérée comme une figure de proue de l'industrie allemande. Cette dernière avait déjà vu son image troublée par la révélation en 2005 chez Volkswagen, un autre grand de l'économie nationale, d'un système de corruption organisée mêlant voyages à l'étranger et prostituées de luxe.

Le patron de Siemens, Klaus Kleinfeld, devrait malgré tout voir renouveler son contrat qui expire au printemps. Ses indemnités seraient toutefois réduites s'il devait quitter ses fonctions de manière anticipée, selon le Süddeutsche Zeitung.

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