Carrefour convoite l'Eldorado russe, avec retard et grande prudence

Le géant français de la distribution Carrefour, qui affiche son intérêt pour la Russie et son marché en plein boom, devra rapidement rattraper son retard sur les nombreux groupes, russes et étrangers, déjà présents dans le pays.

(afp) Le numéro deux de la distribution mondiale, derrière le groupe américain Wal-Mart, vient d'acheter un terrain à Rostov-sur-le-Don (sud de la Russie) où il va ouvrir un hypermarché en fin d'année, son premier en Russie, a affirmé mercredi le quotidien économique russe Vedomosti mercredi, en citant des responsables de sociétés immobilières.

Un autre hypermarché devrait ouvrir dans un centre commercial à Krasnodar (sud) en 2009.La direction du groupe à Paris a refusé de commenter l'information, mais son président du directoire, José Luis Duran, avait indiqué la semaine dernière la nomination d'une équipe en Russie pour une future implantation.Wal-Mart a aussi récemment avoué chercher un partenariat en Russie.Les distributeurs étrangers ont longtemps évité la Russie, craignant la corruption de l'administration et des problèmes d'infrastructures.

Les centres commerciaux, emplacements idéaux pour les hypermarchés, étaient aussi très rares, tout comme les fournisseurs locaux.Mais le marché prend forme et les groupes de distribution fleurissent, dopés par un pouvoir d'achat croissant et une classe moyenne à Moscou, Saint-Pétersbourg et dans les grandes villes russes."En 2005, on comptait seulement quatre groupes (les russes Perekrestok, Pyaterochka, Magnit et l'allemand Metro) dont le chiffre d'affaires était supérieur ou égal à un milliard de dollars. En 2006, ils étaient 10!", souligne Brady Martin, spécialiste du secteur chez Alfa Bank."Mais on ne peut pas encore parler de concurrence exacerbée.

Les prix sont très élevés et les hypermarchés enregistrent des marges d'exploitation jusqu'à 36%. Même les magasins à bas prix (+discount+) ont des marges de 28%", ajoute-t-il.X5 Retail Group, leader du secteur en Russie et fruit de la fusion entre Pyaterochka et Perekrestok, vient ainsi d'annoncer un chiffre d'affaires de 3,48 milliards de dollars pour 2006, en hausse de 47% par rapport à 2005. Son résultat d'exploitation a grimpé de 60% à 972 millions.Les ventes de la distribution alimentaire devraient atteindre 254 milliards de dollars en 2010, soit plus du double qu'en 2005 (112,7 milliards), selon la banque d'investissement Renaissance Capital.

Avec seulement deux hypermarchés dans la vaste Russie, Carrefour risque cependant de ne pas faire le poids face à des concurrents non russes comme Auchan et Metro, ou russes comme X5, Lenta, Sedmoï Kontinent ou Viktoria, qui ont déjà un réseau important dans le pays."Carrefour devra chercher des opportunités d'ouvertures de magasins pour avoir un réseau de 70 à 80 magasins d'ici trois à cinq ans. Mais cela paraît difficile, à moins que la compagnie ne fasse une acquisition", commente Ivan Nikolaev, expert du secteur chez Renaissance Capital."Il est clair qu'il y aura des opportunités d'acquisition en 2007 et 2008 en Russie. Certaines sociétés de distribution russes vont chercher à obtenir des liquidités en cédant des parts de leur capital à des groupes comme Carrefour et Wal-Mart", anticipe M. Martin.

Ce sera aussi le moyen pour ces deux géants d'entrer à Moscou ou Saint-Pétersbourg, des villes au pouvoir d'achat très important mais arrivées quasiment à saturation.

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