Eurotunnel espère convaincre ses créanciers

La direction de l'exploitant du tunnel sous la Manche, Eurotunnel, menacé de dépôt de bilan, doit s'entretenir mardi après-midi avec ses créanciers pour trouver un accord sur le refinancement de sa dette, faute de quoi le groupe franco-britannique n'échappera pas à la voie judiciaire.

Pour éviter d'aller devant la justice, la direction d'Eurotunnel espère convaincre la totalité de ses créanciers du bien fondé de son plan de refinancement, qui a déjà reçu l'aval des prêteurs majoritaires, fin mai, mais que les porteurs d'obligations rejettent en bloc.

Quoiqu'il arrive à la société qui exploite le tunnel sous la Manche, le tunnel lui-même ne sera pas fermé et navettes et trains Eurostar continueront à circuler.

Si aucun consensus entre Eurotunnel et ses créanciers n'est trouvé avant mercredi minuit, fin du délai légal qui autorise le groupe à négocier sa dette de 9 milliards d'euros, le PDG Jacques Gounon a déjà indiqué que le dépôt de bilan était la seule solution, une option qu'une partie de ses créanciers refuse de considérer comme inévitable.

"Quand l'entreprise ne peut plus faire face à ses dettes immédiates avec sa trésorie, elle est en cessation des paiements" et doit déposer son bilan, explique un avocat d'affaires parisien, qui ne souhaite pas être cité.

Son confrère Georges Berlioz, qui connaît bien le dossier pour avoir conseillé Eurotunnel entre 2004 et 2005, "ne voit pas comment Eurotunnel pourrait échapper au dépôt de bilan".

Le dépôt de bilan peut alors entraîner la liquidation judiciaire et le licenciement des salariés, une option peu probable, compte tenu de l'importance politique et sociale du tunnel sous la Manche, estime l'avocat d'affaires ayant requis l'anonymat.

La liquidation ferait aussi tout perdre aux créanciers, ajoute-t-il.

Le juge peut aussi placer Eurotunnel en redressement judiciaire, avec maintien de l'activité, gel du paiement des dettes et désignation d'un administrateur pour gérer l'entreprise.

A l'issue de la période de redressement, Eurotunnel peut bénéficier d'un plan de continuation de l'activité ou encore voir ses actifs vendus pour une bouchée de pain.

Autre procédure judiciaire possible pour Eurotunnel : le "plan de sauvegarde", à savoir la désignation d'un juge médiateur qui tente de convaincre toutes les parties de s'accorder.

D'autre part, les créanciers majoritaires, des banques comme l'américaine Goldman Sachs par exemple, ont aussi le droit de choisir une autre option, celle de se substituer à Eurotunnel pour exploiter le tunnel et se rembourser directement, jusqu'à la fin de la première concession, en 2032.

Au moins jusque là, les actionnaires ne recevraient pas un centime et les obligataires, mal placés dans l'ordre des créanciers, ne seraient sans doute pas remboursés, explique une porte-parole d'Eurotunnel.

L'Arco, qui représente une majorité des porteurs d'obligations, évoque d'autres possibilités. Jacques Gounon peut par exemple demander un nouveau délai de négociation, jusqu'en janvier 2007, lorsqu'Eurotunnel devra commencer à rembourser ses dettes principales.

Mais M. Gounon a déjà dit qu'il ne comptait pas demander de nouveau délai.

L'association tient à ce que la direction examine son propre plan de refinancement, ce qu'Eurotunnel refuse catégoriquement.

Enfin, même si créanciers et direction parvenaient à se mettre d'accord avant mercredi soir, reste encore une embûche: la position des actionnaires.

Convoqués en assemblée générale ordinaire le 27 juillet, ils seront appelés à se prononcer en faveur ou non du plan de financement.

Certains ont déjà fait part de leur hostilité au projet.

Photo: Belga

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