Faute d'accord sur sa dette, Eurotunnel suspendu à la décision de la justice

Le tribunal de commerce devait décider mardi de placer Eurotunnel sous la protection de la justice, afin de sauver du naufrage financier l'exploitant du tunnel sous la Manche, sauf accord de dernière minute entre ses créanciers ou renvoi pour supplément d'information.

(afp) Le tribunal de commerce de Paris devait se prononcer dans l'après-midi sur le lancement ou non d'une procédure de sauvegarde, demandée il y a 15 jours par le PDG d'Eurotunnel. L'audience publique était prévue à 14H30. Le groupe franco-britannique, qui tente en vain depuis des mois de renégocier sa dette de 9 milliards d'euros, avait fait cette demande au lendemain d'un nouvel échec des négociations avec ses créanciers. Mardi matin, ceux-ci n'étaient toujours pas parvenus à se mettre d'accord, même si les tractations allaient bon train. Plusieurs sources proches du dossier ont indiqué que créanciers principaux et subordonnés ont échangé ces derniers jours de nouvelles "propositions", sans succès semble-t-il. Faute d'un accord amiable d'ici mardi après-midi, les discussions devaient se poursuivre, mais dans un cadre judiciaire cette fois si la procédure de sauvegarde était accordée à Eurotunnel. Ce nouveau dispositif, prévu à l'origine pour éviter la liquidation judiciaire aux PME, lui permettrait de geler ses créances et le paiement de ses intérêts tout en continuant de fonctionner. Le tribunal nommerait un ou deux juges mandataires chargés de mettre tout le monde d'accord. Mardi, le Tribunal devait soit refuser d'emblée le lancement de la procédure, ce qui semble peu probable, soit l'autoriser. Il pouvait aussi demander un délai supplémentaire de quelques jours afin de disposer de davantage d'informations avant de se prononcer. Selon plusieurs sources, cette hypothèse était la plus vraisemblable, vu la complexité du dossier.

Gouffre financier pour ses actionnaires, dont le titre ne vaut plus que 44 centimes (alors qu'il avait été introduit en Bourse en novembre 1987 à 35 francs, soit 5,3 euros), Eurotunnel a déjà fait l'objet d'une restructuration financière à la fin des années 90. Mais le problème endémique de son endettement colossal n'a jamais vraiment disparu et le groupe se trouve désormais au pied du mur, car il doit commencer à rembourser ses dettes début 2007. Les grandes lignes d'un plan de refinancement ont été approuvées en mai dernier par la majorité des créanciers principaux, mais les prêteurs subordonnés (ou "obligataires") s'y opposent depuis vigoureusement, s'estimant lésés. Or si les créanciers (68% d'individuels, 32% d'institutionnels) ne parviennent pas à s'entendre sur un aménagement de la dette avant début 2007, le groupe sera en cessation de paiement. Le dépôt de bilan est alors inévitable, avec à la clé, une possible liquidation judiciaire. Mais le PDG Jacques Gounon a déjà affirmé qu'il n'avait aucune intention de d'attendre cette échéance pour décider du sort de son entreprise. Selon lui, après septembre, il sera de toute façon trop tard pour engager un plan de restructuration, quel qu'il soit. Si "fin septembre, Eurotunnel ne peut proposer de plan à l'Assemblée générale, il y aura liquidation", avait-il affirmé. Toutefois, une telle extrémité est peu vraisemblable. En vertu des accords de crédit, les banques principales créancières se substitueraient alors à l'entreprise concessionnaire pour se rembourser directement. Enfin, quoi qu'il arrive à Eurotunnel, le tunnel lui-même, déclaré d'intérêt public et propriété des Etats français et britannique, continuerait à fonctionner normalement.

(photo: belga)

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