Feu vert sous conditions à l'OPA d'E.ON sur Endesa

Le régulateur espagnol de l'énergie (CNE) a approuvé jeudi soir sous conditions l'OPA de 29,1 milliards d'euros du géant énergétique allemand E.ON sur le premier groupe d'électricité espagnol Endesa, selon des médias espagnols.

(afp) La Commission nationale de l'énergie (CNE) espagnole n'a fait aucune communication officielle dans la soirée. Il devait détailler sa décision vendredi à la mi-journée lors d'une conférence de presse. Selon l'édition en ligne du quotidien El Mundo, "www.elmundo.es", la CNE imposera comme principale condition à E.ON de se séparer de 15% des actifs d'Endesa dans le monde, représentant 30% de sa capacité de production en Espagne, soit 7.000 mégawatts. E.ON devrait concrètement céder à des sociétés espagnoles le contrôle des six centrales nucléaires gérées par Endesa et revendre la centrale nucléaire d'Asco, située près de Tarragonne (nord-est) que l'électricien espagnol détient à 100%, selon le quotidien libéral espagnol. Le groupe allemand devrait également se séparer des centrales d'Endesa utilisant du charbon espagnol et des activités du groupe espagnol dans les régions extrapéninsulaires: archipels des Baléares et des Canaries et enclaves de Ceuta et Melilla, au nord du Maroc. Selon des médias espagnols citant des sources proches de la CNE, celle-ci n'aurait en revanche pas retenu une proposition de son rapporteur Jorge Fabra visant à imposer à E.ON de vendre sous huit mois sa filiale gazière Ruhrgas.

La presse espagnole avait fait état ces derniers jours de cette proposition, en soulignant qu'elle équivaudrait à un "veto de fait" à l'OPA d'E.ON et déboucherait probablement sur une nouvelle bataille juridique et un bras de fer entre le gouvernement espagnol et la Commission européenne. La CNE a pris sa décision en vertu d'un décret-loi étendant ses pouvoirs et adopté par le gouvernement socialiste de José Luis Rodriguez Zapatero juste après l'annonce par E.ON de ses velléités sur Endesa. Ce décret-loi avait été perçu par Bruxelles comme une manoeuvre protectionniste de Madrid, qui soutenait activement une OPA préalable de 22,5 milliards d'euros du groupe gazier catalan Gas Natural sur Endesa, dans le souci de voir émerger un champion national de l'énergie capable de se positionner à l'international. Le gouvernement Zapatero s'est toujours défendu de protectionnisme, assurant seulement vouloir défendre les intérêts stratégiques de l'Espagne en matière d'approvisionnement énergétique, faute de politique commune européenne dans ce domaine. C'est apparemment dans cet esprit que la CNE veut priver E.ON de la gestion des actifs nucléaire d'Endesa et les maintenir dans le giron espagnol. Selon les médias espagnols, la CNE doit à présent notifier sa décision aux acteurs de l'âpre bataille pour le contrôle d'Endesa. Quelle que soit la réponse à venir d'E.ON, tout le processus est actuellement gelé, la justice espagnole ayant suspendu l'OPA de Gas Natural à la demande d'Endesa, qui s'y oppose fermement depuis des mois. La direction d'Endesa a demandé en revanche cette semaine à la CNE de ne pas poser de conditions à l'OPA d'E.ON qu'elle juge favorablement. En cas d'aval d'E.ON aux conditions posées par la CNE, Endesa pourrait demander à la justice espagnole d'abandonner l'examen de ses recours contre l'OPA de Gas Natural, pour lesquels elle a dû verser un milliard d'euros de caution, estimaient ces derniers jours certains analystes du secteur.

(photo: belga)

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