GDF et Suez attendent les conditions posées par Bruxelles

Les groupes énergétiques français GDF et Suez attendaient vendredi de connaître les conditions posées par la Commission européenne à leur fusion, qui risque de poser des problèmes de concurrence à la fois sur les marchés belge et français. Après réception de la "lettre de griefs" de Bruxelles, qui avait lancé en juin une enquête approfondie sur ce projet, les deux firmes doivent proposer des remèdes qui seront ensuite analysés par la Commission. Elle a jusqu'au 25 octobre pour donner ou non son aval à cette union.

(afp) Sa décision doit donc intervenir après l'examen par le Parlement français du projet de loi permettant la fusion en autorisant l'Etat à descendre à 34% du capital de GDF, une privatisation à laquelle la gauche et les syndicats sont très hostiles. "Pour l'instant, on n'a rien envoyé", indiquait à l'AFP vendredi matin une porte-parole des service européens de la Concurrence. Chez Gaz de France et Suez, on affirmait également n'avoir rien reçu. Traditionnellement, Bruxelles ne communique aucun détail sur le contenu de ce genre de missive.

Dans un entretien au Figaro jeudi, le ministre des Finances Thierry Breton a toutefois demandé aux deux entreprises de rendre public ce document. Les deux groupes ne devaient pas révéler vendredi le contenu du document envoyé par Bruxelles, ayant besoin de temps pour en prendre connaissance et en retirer les données commerciales non communicables, a-t-on souligné de source proche du dossier.

Dans le collimateur des garants de la concurrence européenne, la position dominante du nouvel ensemble sur le marché du gaz français et sur celui du gaz et de l'électricité belge. Ancien monopole, GDF se taille toujours la part du lion dans l'Hexagone. En s'alliant à Suez, il hériterait d'un de ses deux principaux concurrents, Distrigaz, premier distributeur gazier belge qui a effectué une percée en France en 2005 auprès des entreprises. La part de marché de Suez dans le gaz français s'élève à 3,5%. Le marché français doit être ouvert à la concurrence pour les particuliers en juillet 2007.

Le problème est encore plus net en Belgique. Le mariage des deux entreprises ferait vivre sous le même toit Electrabel, ex-opérateur historique d'électricité appartenant entièrement à Suez, et SPE (Société de production électrique), détenue à 25% par GDF, qui détiendraient plus de 90% du marché. Suez possède 57% de Fluxys, réseau de gazoducs belge, et 57% de Distrigaz. GDF opère en Belgique dans la distribution de gaz sous son nom, principalement auprès de clients industriels. Dès mars, les autorités belges, qui ne sont pas opposées au principe d'une fusion entre GDF et Suez, avaient réclamé d'importantes cessions d'actifs sur leur marché.

Jeudi, M. Breton a déclaré "ne pas être inquiet" et avoir "toute confiance dans le travail de la Commission" européenne, qui pourrait voir d'un bon oeil la naissance d'un autre géant de l'énergie face à EDF. Par ailleurs, selon le Parisien, qui ne cite pas ses sources, le gouvernement français tenterait par tous les moyens de dissuader le groupe italien d'électricité Enel de lancer une contre-offre sur Suez. C'est en effet l'appétit déclaré au début de l'année du groupe transalpin pour Suez qui avait poussé Paris à précipiter un rapprochement entre les deux groupes français. D'après le quotidien, en échange de l'abandon par Enel de son projet d'OPA, la compagnie aérienne Air France-KLM, détenue à plus de 18% par l'Etat français, accepterait de voler au secours d'Alitalia. Une "rumeur infondée", a-t-on réagi à Bercy.

(photo: belga)

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