L'Italie bloque la fusion Abertis-Autostrade au nom de l'intérêt national

Jugeant que l'intérêt national était en jeu, le gouvernement italien a décidé de bloquer la fusion entre les sociétés autoroutières espagnole Abertis et italienne Autostrade qui aurait donné naissance au premier groupe mondial d'autoroutes, sous pavillon espagnol.

(afp) Le veto gouvernemental a pris la forme d'une lettre commune du ministre italien des Finances Tommaso Padoa-Schioppa et de son collègue des infrastructures Antonio Di Pietro à l'Autorité Nationale des Autoroutes (Anas) publiée dans la nuit de vendredi à samedi après la fermeture des Bourses de Madrid et de Milan.

Selon cette lettre, l'opération envisagée entraîne de tels changements dans le contrôle et les intérêts stratégiques d'Autostrade que les retombées en termes d'investissements, de qualité et de sécurité du réseau autoroutier italien sont en jeu, de même que "l'intérêt public" italien.

Abertis a cependant annoncé samedi de Madrid souhaiter poursuivre son projet malgré le veto italien.

Abertis et Autostrade "ont la volonté de poursuivre leur projet de fusion", a ainsi dit une porte-parole du groupe espagnol.

La lettre des deux ministres laisse néanmoins peu de marge de manoeuvre aux deux entreprises, sauf à recourir aux instances juridiques européennes.

Techniquement, les deux ministres italiens rejettent en effet catégoriquement la fusion en la déclarant contraire à la loi de concession et de privatisation des autoroutes italiennes du fait que l'un des actionnaires de référence du futur groupe était l'espagnole ACS, une entreprise de travaux publics.

La loi interdit tout conflit d'intérêts entre la gestion des autoroutes et des sociétés de BTP, particulièrement si elles sont spécialisées dans le secteur des travaux routiers.

Politiquement en outre le gouvernement de gauche italien qui a besoin du soutien de 13 formations allant des communistes orthodoxes à la gauche catholique modérée ne peut envisager de confier la gestion des 3.500 km d'autoroutes de la péninsule à une entreprise qui aurait été dominée par les Espagnols.

Dans une lettre du 24 mai adressée au président d'Autostrade, le ministre des infrastructures Antonio Di Pietro écrivait déjà : "les autoroutes sont une ressource nationale. Elles sont fondamentales pour le développement de notre pays. Nous ne pouvons autoriser que leur propriété soit transférée à une compagnie étrangère (...)".

Le futur groupe Abertis tel qu'issu de la fusion aurait été détenu à 24,9% par la holding de la famille Benetton, Schemaventotto, et à 24,2 % par les deux actionnaires de référence d'Abertis, la Caixa et le groupe ACS.

Abertis aurait eu son siège à Barcelone et aurait été dirigé par le directeur général d'Abertis, Salvador Alemany, encadré de deux coprésidents italien et espagnol.

Le groupe aurait eu une capitalisation boursière de 25 milliards d'euros, employé près de 17.000 personnes et géré 6.772 kilomètres d'autoroutes pour un chiffre d'affaires supérieur à 4,8 milliards d'euros en 2005.

Présentée comme un mariage entre deux groupes de même taille, la fusion était considérée par la gauche italienne comme une vente déguisée de la famille Benetton au moment où arrivait au pouvoir en Italie un gouvernement susceptible de remettre en cause l'orientation ultra-libérale du gouvernement de Silvio Berlusconi.

L'opération, annoncée fin avril, avait déclenché une tempête de critiques sur la gestion d'Autostrade par le groupe Benetton depuis sa privatisation en 1999.

Le secrétaire général de la Cisl, deuxième centrale italienne, Raffaelle Bonanni, avait notamment déclaré : "Avoir offert Autostrade aux Benetton a été une erreur gravissime. Quel en a été le gain pour la collectivité ? Seulement des tarifs plus élevés".

L'Anas avait chiffré entre 3 et 4 milliards d'euros les retards enregistrés dans le plan d'investissement d'Autostrade depuis leur privatisation.

Dans une première réaction, le président d'Autostrade Gianmaria Gros-Pietro a dit à la presse son incrédulité devant le veto gouvernemental, affirmant qu'il trouvait impensable que l'interdiction d'avoir un actionnaire du secteur du BTP s'applique seulement à Autostrade, alors que "ces constructeurs sont présents dans toute l'Europe".

photo bloomberg

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