TGV: avec son record, Alstom veut s'affirmer sur un marché prometteur

Le record de vitesse sur rail de 574,8 km/h établi mardi par le TGV constitue un argument commercial de poids pour son constructeur Alstom sur le marché de la grande vitesse, appelé à se développer dans les 20 prochaines années dans un environnement devenu concurrentiel."D'ici vingt ans, il faudra construire 6.000 nouvelles rames à grande vitesse", compte tenu du renouvellement des matériels et de la construction de nouvelles lignes, explique Ignacio Barron, responsable de la grande vitesse à l'Union internationale des chemins de fer (UIC).

(afp) Cela représente un marché potentiel de "150 à 200 milliards d'euros" pour la construction de ces trains, selon lui.Il existe aujourd'hui en exploitation 8.380 kilomètres de lignes à grande vitesse (au moins 250 km/h) dans le monde. Avec les lignes en construction (6.600 km) et en projet (15.930 km), on pourrait atteindre 31.000 km d'ici 2025, selon des estimations de l'UIC.

Plusieurs fabricants de trains peuvent espérer profiter de ce marché: le français Alstom, qui construit le TGV et le KTX coréen; le consortium japonais (dont fait partie Hitachi) qui construit le Shinkansen, également en service à Taïwan; et l'allemand Siemens, qui construit l'ICE et son dérivé espagnol Velaro. En Espagne, Talgo construit des trains à grande vitesse avec le canadien Bombardier, qui développe de son côté son futur train rapide, le Zefiro.Le nouveau record de vitesse du TGV devrait susciter un nouvel intérêt commercial.

"Il est un gage de fiabilité pour les Etats et les opérateurs qui souhaitent faire de la très grande vitesse un levier stratégique de croissance", a estimé Philippe Mellier, le président d'Alstom Transport.Pour sa part, le directeur général de la SNCF Guillaume Pépy a souligné les "grands espoirs" d'exporter le TGV "en Amérique du Sud, et peut-être aussi aux Etats-Unis".L'Argentine a ainsi récemment lancé deux appels d'offres pour des trains à grande vitesse. Alstom est le seul candidat pour le premier projet entre Buenos Aires et Rosario (nord) et les offres pour le second projet entre Buenos Aires et Mar del Plata (sud) seront connues à la fin du mois.

Aux Etats-Unis --où d'autres projets ont été abandonnés--, l'Etat de Californie s'intéresse de près au TGV français, alors qu'il envisage d'établir une liaison ferroviaire rapide de San Francisco (nord) à San Diego (sud). Le président de son Assemblée, Fabian Nunez, s'est dit mardi "particulièrement intéressé" par le TGV, à l'occasion d'une visite à Paris.Alstom développe aussi son futur train à grande vitesse, l'AGV, qui pourrait rouler en 2009 et concourir à un appel d'offres en Italie et à l'important renouvellement par la SNCF, après 2012, de ses plus anciennes rames de TGV qui datent de 1981.

Mais tandis que le jeu devient plus ouvert à l'exportation pour les industriels, le marché mondial devient plus concurrentiel. "Il y a dix ans, chaque industrie était liée à chaque compagnie de chemin de fer" nationale, alors qu'aujourd'hui la mondialisation et les lois européennes de la concurrence obligent à faire des appels d'offres" et que se développe une "lutte pour le marché", souligne M. Barron.

Dans cette bataille, "la France et Alstom possèdent une expérience unique dans la très grande vitesse: aucun autre pays n'a fait rouler autant de trains par jour à 300 km/h depuis des années", relève M. Barron, en prévenant toutefois que cet avantage n'est pas acquis définitivement.La Chine, qui représente un marché en développement très important, reste aussi une inconnue majeure. Le pays est pour l'instant dépendant de l'étranger mais s'est assuré des transferts de technologie et compte bien développer ses propres trains rapides à l'avenir.

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