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Domaines viticoles belges: la renaissance

Depuis une quinzaine d'années, la viticulture belge vit un incroyable renouveau. Merci au réchauffement climatique...

Napoléon doit se retourner dans sa tombe. Lui qui, paraît-il, fit arracher la vigne présente en Belgique afin de ne pas porter ombrage au vignoble hexagonal, serait étonné de goûter nos vins, qu'ils soient flamands, wallons et même bruxellois. Mais au-delà de cette sympathique résurrection, le constat se dirige également vers une profession, certes marginale, mais qui génère maintenant de l'emploi (directement et indirectement), qui offre un espace paysager attirant des visiteurs et ajoute aussi un produit supplémentaire dans la palette gourmande du pays.

Des trois plus vastes Domaines viticoles belges (Wijnkasteel Genoels-Elderen dans le Limbourg, Domaine des Agaises dans le Hainaut, Domaine du Chenoy en province de Namur) aux plus modestes (quelques ares à peine), l'enthousiasme est le même.

En 2011, la production s'est élevée (statistique toujours provisoire car la procédure d'agrément - oui, elle existe - n'est pas encore terminée) à 539.550 litres pour 470.569, (chiffre définitif) l'année précédente. Pour 78% de vins blancs, 18% de rouges et 4% de rosé. Mais 37% de cette production est destinée à l'élaboration de vins mousseux, généralement élaborés selon la "méthode traditionnelle" de refermentation en bouteille.

Le vin belge est devenu un tel phénomène que même notre grande distribution est séduite. On retrouve ainsi, surtout il est vrai à l'occasion des "foires aux vins", des flacons dont l'étiquette se revendique d'un terroir national.

Actuellement, le rosé mousseux "Rosée d'Audrey" (11,59 euros chez Cora) qui se positionne sur le plan du prix entre les mousseux et les champagnes d'entrée de gamme. Voilà un Domaine, celui de la famille Baele, qui a souhaité diversifier l'offre d'une ferme agricole classique (bétail, fruitiers). Ici, 5 ha sont consacrés à la vigne.

Amateurs et pros: la même passion

Alors, hobby ou métier à part entière? Souvent plutôt le reflet d'une passion pour le vin et aussi le goût de l'aventure, celui de relever un défi. Par exemple, le chocolatier Jean Galler qui, près de Chaudfontaine, dispose de 30 ares de vignes. Ou encore le Domaine de la Mazelle près de Beaumont (1 ha, autour des 3.500 bouteilles), constitué en ASBL, qui reverse le montant de ses ventes à une association d'aide aux jeunes. Le Domaine de Mellemont, en Brabant Wallon, réunit trois amis dont Pierre Rion, cofondateur d'Iris et président du Cercle de Wallonie.

Avec le Wijnkasteel Genoels-Elderen, le plus grand vignoble belge, on passe à une autre dimension. Sur un terroir déjà conquis par les Romains qui y avaient planté la vigne, la famille (hollandaise) Van Rennes gère 25 hectares entre Tongres et Maastricht. Avec 15.000 visiteurs par an et des vins dont certains se vendent à plus de vingt euros (28 pour le Pinot Noir), on peut évoquer une vraie entreprise. Tout comme le Domaine du Chenoy. En 2003, Philippe Grafé plante ses premiers pieds de vigne à Emines, dans le Namurois. Un vignoble de taille professionnelle (une dizaine d'hectares). Aujourd'hui, premier producteur belge de vins rouges, l'activité de ce Domaine ne se limite pas à la vente de ses vins (particuliers, horeca) avec la mise en place de visites guidées payantes et de la location d'une salle de réception qui accueille, notamment, des incentives d'entreprises.

Près de Binche, le Domaine des Agaises fait le buzz avec sa cuvée Ruffus, un mousseux "méthode traditionnelle". Depuis la première récolte en 2003, le succès pour ce vin est croissant... et le Domaine toujours en rupture de stock. Avec actuellement 15 ha en production (il sera porté l'année prochaine à 20), Raymond Leroy et son équipe ont gagné leur pari. En 2011, 150.000 bouteilles ont été produites. Tout est vendu. Une affaire rentable? "Il faut savoir que la plantation d'un hectare nous coûte 30.000 euros. Qu'un pressoir, acheté d'occasion, vaut 10.000 euros et un tracteur enjambeur 40.000. Sans oublier les cuves inox, un bon 10.000 l'unité", explique Raymond Leroy. Et l'on revient sur la question de rentabilité en sachant qu'une bouteille est vendue entre 13 et 15 euros. On fait le calcul...

Patrick Fiévez

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