Changer d'heure, une perte d'énergie?

Ce dimanche, nous passons à l’heure d’hiver. Pour économiser de l’énergie ou pour en perdre?

Dans les années 70, l’idée semblait plutôt bonne : faire mieux coïncider les heures d’activité avec l’ensoleillement devait faire économiser un petit peu d’électricité. En théorie, le fait de se lever plus tard en hiver permettait d’éviter l’allumage des lampes en arrivant au bureau; et le fait de faire sonner son réveil une heure plus tard en été permettait de profiter de l’astre solaire plus tard dans la journée.

Mais les choses ont changé. D’abord, l’allumage des ampoules représente une part de moins en moins importante de la consommation électrique : l’électroménager, les télévisions et autres ordinateurs représentent l’essentiel de la consommation domestique, et l’avènement des ampoules basse consommation contribue encore à marginaliser la part de l’éclairage dans la consommation des ménages. En France, une étude menée par le ministère de l’Industrie, l’Ademe (agence responsable de la maîtrise de l’énergie) et EDF a mis ce phénomène en évidence. En 2003, l’économie d’électricité obtenue grâce au changement d’heure (1,3 Twh) représentait encore 0,29 % de la consommation de la France; aujourd’hui elle n’en représente plus que 0,27 %. C’est six fois moins que le gain que devrait apporter la généralisation des lampes basse énergie d’ici 2016.

Des pertes en chauffage?

Une goutte dans l’océan, c’est peu, mais c’est déjà ça, serait-on tenté de dire. Ce serait vrai si le changement d’heure n’avait pas d’effets collatéraux. 

En 2008, le bureau national de recherche économique des Etats-Unis a étudié en détail la consommation des foyers de l’Indiana (nord-est). Conclusion : le changement d’heure du printemps entraîne une augmentation des besoins en chauffage le matin et de l’utilisation des climatiseurs les soirs d’été. La surconsommation énergétique annuelle atteindrait ainsi… 1 %. La situation est évidemment différente en Belgique, mais aucune étude récente n’a été faite sur ce sujet.

Ce n’est pas tout. "Si le changement d’heure a des impacts significatifs, ce n’est sans doute pas en matière énergétique, suggère Yves Marennes, spécialiste des questions énergétiques à l’institut de conseil et d’études en développement durable (ICEDD). On sait que les enfants ont parfois du mal à s’adapter à ces changements et que les bêtes continuent à vivre au rythme du soleil." Le changement d’heure entraînerait-il des pertes de production laitière dues au stress des bovins? Selon la Commission européenne en tout cas, "les secteurs économiques considérés comme les plus concernés, notamment l’agriculture […] ont intégré l’heure d’été dans leurs activités et ne remettent pas son existence en question". Mais comme le rapporte le journal français "TerraEco", le changement d’heure a des effets sur l’air des villes. Reculer les heures d’ensoleillement en été, c’est décaler les heures d’embouteillages vers des moments où le soleil tape plus fort… Or, comme le soulignait le Sénat français en 1995, "la pointe de circulation coïncidant avec les heures les plus chaudes de la journée augmente les concentrations d’ozone par phénomènes de photo-oxydation". Le changement d’heure nuirait donc à la qualité de l’air. Et de manière non négligeable, à en croire un rapport plus vieux encore : en 1986, l’agence française pour la qualité de l’air estimait qu’à Paris, le passage à l’heure d’été entraînait une augmentation de la concentration maximale d’ozone "d’en moyenne 10 %".

Indifférence

Après avoir alimenté les polémiques pendant des années, le changement d’heure est passé dans les mœurs. Alors que l’Union européenne l’a harmonisé dans une directive de 1998, la Commission reconnaît que "les économies réalisées sont difficiles à déterminer et, en tout cas, relativement limitées". Dans une communication publiée en 2007, le Berlaymont ajoutait que "le régime actuel ne constitue pas un sujet de préoccupation dans les États membres de l’UE".

En Belgique, aucune étude récente ne permet de dresser un bilan rigoureux de l’opération horaire. À l’administration fédérale (SPF) de l’énergie, on reconnaît que les spécialistes de la question sont retraités et qu’en pleine présidence belge, la nouvelle génération a d’autres chats à fouetter que de plancher sur cette question. Lorsqu’en 2007, la Commission lui a demandé son avis, la Belgique s’est prononcée "en faveur du maintien du régime actuel ou, alternativement, d’une application de l’heure d’été pendant toute l’année". Pour le dire vulgairement, on s’en fout… Et le sentiment semble être le même chez le citoyen : un sondage a montré que deux tiers des Français sont favorables ou indifférents au passage à l’heure d’été. "Finalement, je crois que cela arrange beaucoup de monde d’avoir de longues soirées d’été", sourit Yves Marennes. C’est précisément la conclusion de la Commission européenne.

Publicité
Publicité

Messages sponsorisés