Publicité

Chine: main basse sur les terres rares

Inconnues du grand public, les terres rares sont omniprésentes dans les nouvelles technologies.

"Le Moyen-Orient a du pétrole, mais la Chine a des terres rares", avait lancé de façon prémonitoire Deng Xiaoping il y a 20 ans. L’ancien président Chinois ne croyait pas si bien dire. Les terres rares sont au 21e siècle ce qu’étaient le pétrole au 20e et le charbon au 19e siècle: le moteur d’une nouvelle révolution industrielle.

Dysprosium, terbium ou encore neodimyum… Ce sont quelques-unes de ces terres rares. Des minerais et des métaux aux noms aussi compliqués qu’indispensables. On les trouve partout, dans les lasers, les composants des téléphones portables, les écrans à cristaux liquides, les radars militaires ou encore les batteries des véhicules électriques.

Problème: la Chine produit 97% de ces terres rares et vient d’annoncer en toute discrétion qu’elle refuserait désormais de les exporter pour se concentrer sur son marché intérieur.

Une décision qui provoque un véritable tollé doublé d’inquiétude. Aux Etats-Unis, le Congrès est déjà vent debout et demande la mise en place d’un organisme de contrôle international sur le modèle de l’Opep pour le pétrole. Le mois dernier, la Chambre a présenté dans l’urgence un texte rappelant le rôle indispensable de ces terres rares pour l’économie américaine. Sur le site internet du Congrès, on peut ainsi lire que "les terres rares sont indispensables au développement des technologies produisant des énergies renouvelables. La volonté chinoise de limiter ses exportations va poser un problème de compétitivité aux Etats-Unis et nous devons d’une part assurer notre approvisionnement et d’autre part permettre le développement des mines de terres rares sur notre sol. Les Etats-Unis ne peuvent plus dépendre à 100% des importations chinoises".

D’autant moins d’ailleurs, que ces terres rares sont aussi largement présentes dans les dernières technologies militaires. Radars, lasers, fibre optique… Les nouvelles technologies sont très dépendantes de ces grains de terres chinoises.

Du côté des industriels, on prend ses précautions. Toyota a besoin de 10 000 tonnes de terres rares par an pour les batteries de ses modèles hybrides Prius et, selon certaines sources, se fournirait actuellement sur le marché noir pour contourner la décision de Pékin. Du côté de General Motors, la décision de déplacer la direction des opérations internationales de Detroit à Shanghai coïncide avec cette décision chinoise. En fabriquant ses Chevrolet électriques et ses batteries en Chine, le constructeur américain échappe en effet à la nouvelle réglementation chinoise. Dans un mouvement pour récupérer cette boulimie pour ses terres rares, la Chine a en effet autorisé les usines étrangères produisant sur son territoire à se fournir dans ses mines. La décision de fabriquer désormais les célèbres iPods, iPhones et autres iPads d’Apple en Chine n’y est sans doute pas étrangère. Mais cette politique chinoise n’est pas seulement intéressée: "Je pense que d’ici 2011 ou 2012, la demande intérieure chinoise en terres rares va dépasser la capacité de production. De toute façon cela aurait obligé la Chine à interdire les exportations et les ventes à l’étranger", explique Jack Lifton, un spécialiste de ces questions.

Nouveaux gisements

La riposte se prépare: plusieurs miniers américains se préparent à lever des fonds en bourse pour partir à l’assaut de nouveaux gisements. Au Canada, on explore le sud du Témiscamingue qui pourrait regorger d’ytrium, de praséodyme et de terbium. Même chose en Australie et au Brésil où des mines ont été identifiées. Mais aucune nouvelle exploitation ne devrait voir le jour avant 2014. Car le problème est moins la rareté de ses terres que la difficulté de leur extraction. Les coûts des gisements sont parfois rédhibitoires à moins d’accepter de voir s’envoler les prix des technologies vertes. Mais la Chine a pour elle l’immensité de son territoire et surtout, les plaines de Mongolie intérieure. Dans ces espaces désertiques du Nord est de la Chine sortent en effet les deux tiers des terres rares utilisées dans le monde. La mine de Bayan Oto notamment a vu sa production tripler en dix ans pour atteindre les 125.000 tonnes cette année. Les deux plus importantes mines du pays, et donc du monde, sont contrôlées par le géant minier Baotou Steel Rare Earth, une société jalousement contrôlée par l’Etat. À Pékin, on ne badine pas avec ce nouvel Eldorado.

Stéphane Pambrun, à Pékin

Publicité
Publicité
Publicité
Publicité

Messages sponsorisés

Messages sponsorisés