Des révélations sur un meurtre, via une émission TV, choquent l'Italie

Les Italiens s'interrogeaient, ce vendredi 8 octobre 2010, sur le poids démesuré de la télévision dans leur société, après l'annonce à une femme, en direct lors d'une émission télé, que sa fille, disparue depuis plus d'un mois, avait été tuée et violée par son oncle.

C'est moins l'horreur du crime qui a choqué que la révélation du sort de Sarah Scazzi, 15 ans, au beau milieu d'une émission de téléréalité de la chaîne publique Rai Tre, "Chi l'ha visto" (En France, "Perdu de vue"), devant 3 millions de téléspectateurs.

Concetta, la mère de la jeune victime, s'est retrouvée "prisonnière d'un marathon de 'télédouleur' qui nous brûle la chair (...) apprenant en quelques minutes la mort de la fille et la culpabilité du beau-frère", a dénoncé le quotidien de gauche "Il Fatto Quotidiano".

Les images de cette maman, le visage pétrifié par la stupeur, diffusées sur youtube et reprises sur des blogs ont suscité la colère des internautes, beaucoup exprimant leur "profonde honte" tandis que d'autres fustigeaient "l'apathie morale" d'une "société exhibitionniste".

"Ce qui s'est produit est l'ultime frontière d'une culture qui a donné depuis longtemps aux médias le droit et le devoir de tout vérifier, d'entrer partout, de suivre nos existences jusqu'au moment où elles s'achèvent", a déploré "Il Giornale".

La mère est restée pratiquement sans voix pendant 11 minutes tandis que la présentatrice de l'émission lisait à haute voix les dépêches d'agence et les informations mises en ligne par les journaux locaux, annonçant les aveux retentissants de l'oncle Michele au terme de 12 heures d'interrogatoire.

La journaliste Federica Sciarelli s'est défendue en rappelant lui avoir proposé d'interrompre le programme, affirmant avoir été "soulagée" quand l'avocat de la famille l'a finalement entraînée hors caméras. Mais beaucoup de commentateurs ont accusé la journaliste d'avoir voulu faire un scoop en montrant la réaction à chaud de Concetta.

L'audience de l'émission a bondi de 40% à 5 millions de téléspectateurs juste après les révélations qui ont mis fin à 42 jours de suspense et rebondissements, suivis pas à pas par les envoyés spéciaux des télévisions, notamment les chaînes en continu comme Sky TG 24, dans une zone agricole et pauvre de la région des Pouilles (sud).

L'émission "Chi l'ha visto" a représenté "un moment horriblement noir pour la conscience et la pitié, annulées par la volonté d'un scoop au nom d'un soi-disant droit à l'information", a dénoncé le quotidien des évêques italiens Avvenire, estimant que l'intimité familiale avait été violée "pour alimenter une curiosité morbide".

D'autres commentateurs ont fait remarquer que les membres de la famille de la disparue se sont prêtés au jeu, presque au quotidien. Et même après la découverte du cadavre au fond d'un puits, la cousine et meilleure amie de Sarah, fille du meurtrier, a répondu à des interviews affirmant que son père devait "payer pour ce qu'il a fait".

"Nous ne pouvons pas nous étonner ou nous scandaliser quand de temps en temps, la télévision de la douleur obtient des scoops ou que la réalité la dépasse", a expliqué le quotidien "La Stampa". "Ceux qui participent à ces programmes savent de toute façon ce qu'ils font, ils ne peuvent pas ignorer les conséquences de leur participation", a encore estimé le journal, invitant les téléspectateurs à tout simplement éteindre leur poste.

 

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