L'agriculture se fait urbaine

Aux Pays-Bas, entrepôts désaffectés, usines délabrées, stations-service à l'abandon sont reconvertis en potagers où vont pousser nos légumes "durables" de demain.

Les petits légumes de la cité du coin, la salade de l'usine désaffectée en proche banlieue ou le basilic de l'ancienne station-service du centre-ville. Autant de délices bientôt dans l'assiette du citadin. La campagne à la ville n'est plus une utopie. Le concept d'une agriculture urbaine durable fait son chemin.

Grâce aux nouvelles technologies d'éclairage, notamment les lampes à basse pression LED, il est désormais possible de faire pousser dans le plus grand respect de l'environnement des plantes potagères et des légumes dans des lieux fermés sans recours à l'ensoleillement naturel.

Côté développement durable, le concept d'agriculture urbaine présente de sérieux atouts. Pour commencer, une consommation d'énergie réduite grâce aux lampes LED écolos. En outre, celles-ci dégageant peu de chaleur, les besoins en humidité des plantes peuvent diminuer jusqu'à 90%. D'où des économies supplémentaires sur la facture d'eau.

Autre avantage de ces cultures métropolitaines, elles sont peu gourmandes en mètres carrés. On peut en effet superposer plusieurs étages de plantations chacun étant éclairé par des rampes munies de lampes à basse tension. Aucune crainte donc de consommer des récoltes qui auraient poussé sur des sols souillés puisque ces légumes ne pousseront pas dans la terre mais sur des litières de cellulose.

Culture new age

Pas besoin non plus de chercher de nouveaux sols à exploiter sachant que ces agriculteurs du XXIe siècle ont vocation à "recycler" des bâtiments existants. L'objectif est de faire pousser ces cultures "new age" dans de l'immobilier commercial désaffecté ou inoccupé. Une chance donc de redonner une vie à un quartier défavorisé aux commerces désertés ou de recréer des emplois après la fermeture d'une usine.

Alléchante aussi cette idée de consommer immédiatement ces produits dans les restaurants du quartier ou autres supermarchés environnants. D'où des livraisons moins fréquentes de gros camions dans les centres villes. De fait, transport et logistique de ces produits "verts" de la ville s'avèrent réduits au minimum avant qu'ils ne soient mitonnés ou mijotés à quelques mètres du lieu de production. L'agriculture urbaine a décidément la fibre écolo.

"À l'heure actuelle, le repas d'un Néerlandais doit parcourir 30 000 kilomètres avant de se retrouver dans son assiette", argumente le site internet de De Groenten uit Amsterdam. En outre, la proximité entre le lieu de production et de consommation de l'agriculture urbaine devrait aussi permettre d'affiner l'offre et la demande, donc d'éviter toute surproduction.

Quant au produit, il promet d'être succulent. Poivrons, tomates, salades et autres légumineuses ne seront cueillis qu'au dernier moment dans les entrepôts et autres ateliers transformés en champs des villes. En outre, l'utilisation de pesticides sera réduite au minimum, voire inutile.

Si le goût du consommateur risque donc d'être acquis, encore devra-t-il s'habituer à voir ces lieux de production où des salades de couleur marron poussent sous des lampes violettes.

Certes un effet d'optique qui disparaît à la lumière naturelle, mais susceptible de produire un effet psychologique chez un citadin a priori sceptique de consommer des produits agricoles provenant d'anciens sites industriels ou commerciaux, sachant qu'ils poussent deux fois et demie plus vite que les produits traditionnels du terroir grâce à des lampes basse pression.

Déjà spécialistes des cultures sous serre et des plantations d'intérieur de toutes sortes, les Néerlandais redoublent de projets pour se lancer sur le créneau de cette agriculture "urbano-champêtre". Trois entreprises ont déjà fait ce pari.

À Amsterdam, un ancien entrepôt de gaz devrait devenir le premier potager urbain du royaume d'ici avril. Le géant mondial de l'éclairage Philips s'est associé aux cinq créateurs du projet "De Groenten uit Amsterdam" en participant à l'investissement d'un demi-million d'euros.

À Bois-le-Duc, un site de production test de "Groenfabriek" devrait ouvrir ses portes cette année et à Eindhoven, la collaboration de deux bureaux d'ingénieurs agronomes doit déboucher bientôt sur l'exploitation d'un premier "Plant Paradise". Reste à savoir si ces produits agricoles pourront être estampillés "appellation d'origine durable".

Didier Burg

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