L'Expo de tous les records

L’Exposition universelle de Shanghai, la plus visitée de l’histoire, referme ses portes ce week-end, après six mois de festivités. Une course au prestige et aux records qui aura attiré plus de 71 millions de visiteurs, un bilan positif, y compris pour le pavillon belge.

"En termes de fréquentation, nous atteignons le maximum possible, à savoir l’équivalent du stade du Heysel tous les jours", explique Leo Delcroix, commissaire du pavillon belge. L’ancien ministre a le sourire, tout comme l’ensemble des exposants de cette Exposition universelle la plus visitée de l’histoire. Après six mois d’un marathon exténuant, Delcroix et les responsables des 246 pavillons disséminés sur ce site gigantesque de plus de 5 km², le long du fleuve Huangpu, vont donc plier bagages. La fête s’achève ce week-end comme elle avait commencé, par une démonstration de la puissance chinoise: cérémonie de clôture grandiose et un sommet qui réunira des dizaines de chefs d’État et de gouvernement ainsi que Ban Ki-moon, secrétaire général des Nations Unies. La Chine veut conclure son exposition par l’adoption d’une "Déclaration de Shanghai", endossée par l’Onu. Une sorte de manifeste de la ville idéale, traçant la voie pour les décennies futures.

Jusqu’au bout, la Chine aura voulu faire, de cette exposition, la vitrine de sa puissance. À longueur d’éditoriaux et d’émissions spéciales sur toutes les chaînes de télévision, les médias chinois se seront mis au diapason : "C’est la première fois qu’une Exposition universelle aura rassemblé autant de participants et attiré autant de visiteurs. Nous étions la scène qui accueillait le monde entier", décrit avec lyrisme Zhou Hanmin, le directeur adjoint de l’Expo 2010. À la veille de la clôture, l’Agence de presse officielle Chine Nouvelle s’est ainsi laissée aller à de franches envolées patriotiques: "Shanghai a montré que l’Exposition universelle n’est désormais plus la marque déposée des pays développés. Les grands pays en développement ont aussi le droit de se montrer au monde et de présenter leur civilisation." Un objectif ambitieux qui aura conduit la Chine à dépenser une partie du budget de 3 milliards d’euros pour financer les pavillons des pays africains, de la Corée du Nord ou encore de l’Afghanistan. Tous les pays se devaient d’être présents et, en quelque sorte, prêter allégeance à la Chine.

Voilà pour les objectifs politiques car, dans les travées de l’exposition, on se croirait plutôt dans un immense Disneyland. Des heures de queue devant les pavillons, des familles entières les yeux rivés vers les délires architecturaux de certains bâtiments et, au final, le sentiment, pour les 71 millions de visiteurs, d’avoir visité le monde en une journée. Chaque pavillon, en effet, ressemblait à un gigantesque office du tourisme. Djellabas dans le pavillon marocain, danses traditionnelles et masques ethniques dans ceux de l’Afrique, photos de la Tour Eiffel sous toutes les coutures dans le pavillon français, Schtroumpfs et chocolats pour la Belgique… Tous les clichés étaient réunis pour le plus grand plaisir des millions de touristes chinois peu habitués, pour la plupart, à voyager à l’étranger. "Vous savez les Chinois sont par nature bons vivants. Ils aiment la fête, les rencontres et les grands événements. Tous les Chinois sont fascinés par cette exposition. Imaginez, sans visa, on peut visiter le monde entier! C’est une façon pour nous de nous sentir citoyen du monde et la Chine a soif de connaissance du monde. 50 millions de Chinois ont pu voyager hors de Chine l’année dernière. Ca peut vous paraître beaucoup, c’est cinq fois la population de la Belgique, mais c’est encore bien peu. Ca ne représente que 5 % du pays. Pourtant il y a quelques années c’était inconcevable de voyager. Les Chinois ont besoin de sortir et de connaître le monde, mais c’est sûr que quand le monde vient chez nous c’est plus facile", nous explique Xu Bo, le commissaire adjoint de l’Exposition, dans un français impeccable.

Et sur ce planisphère où chacun rivalise d’ingéniosité pour faire venir le chaland, la Belgique a su tirer son épingle du jeu, avec son pavillon en forme de neurone, qui a attiré une moyenne de 40.000 visiteurs par jour, soit le sixième pavillon de l’Expo en termes de fréquentation. Autre raison de se réjouir, le pavillon belge serait l’un des plus rentables du site, avec plus de 120.000 euros de recettes quotidiennes. Le bénéfice net devrait s’élever à 4,5 millions d’euros. Il faut dire que, du côté des produits dérivés, chaque pavillon a mis les petits plats dans les grands: boutiques estampillées Shanghai 2010, restaurants plus ou moins gastronomiques, soirées privées et autres souvenirs.

Le pavillon belge détenant la palme du succès avec la vente de diamants, qui auront rapporté plus de 30.000 euros par jour. Chaque semaine, également, une tombola était organisée avec, à la clef, une pierre précieuse, de quoi justifier les quelques heures d’attente pour pénétrer dans le bâtiment.

Autres atouts du pavillon belge: son espace chocolat et ses restaurants, gérés par le groupe de Benoît Gersdorff. Une équipe d’une centaine de cuisiniers et de serveurs a ainsi été mobilisée. Douze chefs étoilés se seront relayés aux cuisines, pour servir plus de 2.000 clients par jour. Un véritable succès (cf. interview). Essentiel Group restera plus discret sur les revenus tirés de l’expo, on saura simplement que 5.000 cornets de frites ont été vendus chaque jour. Bière, frites, waterzooi, mais aussi chocolat. Nous avons ainsi pu assister à une véritable marée humaine, prenant d’assaut l’atelier chocolat du pavillon, à l’occasion d’une des nombreuses distributions gratuites. Plus de 1.000 pralinés se sont envolés, en quelques minutes, sous l’œil médusé des artisans belges. De quoi promouvoir un peu plus les spécialités du plat pays, où l’on consomme cent fois moins de chocolat qu’en Europe, mais où le marché est en progression de 10 à 15 % par an. Plus surprenant peut-être le succès du pavillon français, qui n’aura misé, lui, que sur le glamour et les clichés de Paris en noir et blanc. Le thème du pavillon "ville sensuelle" aura attiré plus de 5 millions de visiteurs. Mais lui aussi se cherche un nouveau port d’attache. Le pavillon France pourrait être scindé en plusieurs parties, revendues à des villes chinoises. Quant à la vedette de l’Expo, le pavillon de l’Arabie saoudite, pour lequel les visiteurs ont fait jusqu’à neuf heures de queue, afin de voir le plus grand écran Imax du monde, il pourrait être conservé sur place et trôner aux côtés du gigantesque pavillon de la Chine qui, lui, deviendra un musée à la gloire de cette nouvelle Chine.

Par Stéphane Pembrun

Publicité
Publicité

Messages sponsorisés