La Couronne à qui perd gagne

Les sacrifices consentis par la Reine Elizabeth II lui permettront d’obtenir des revenus très supérieurs dans les années à venir.

Les coupes budgétaires des cinq prochaines années annoncées par Georges Osborne, la semaine dernière, n’ont pas suscité de réaction populaire violente malgré leur caractère parfois extrême. Le fait que le budget de la famille royale soit lui-même réduit a sans doute joué une fonction d’apaisement, même si cette réduction de 14% est inférieure à celle de la moyenne de l’ensemble des ministères (19%).

Pourtant, c’est bien une cure d’austérité inédite pour Elizabeth II, qui règne depuis 1952. Le patrimoine de la reine avait déjà grandement souffert de l’effondrement de la valeur de ses placements financiers, dans la première phase de la crise financière.

Sacrifices

Depuis quelques mois, Elizabeth II prépare Buckingham Palace à de nouveaux sacrifices, la presse spécialisée note qu’elle a elle-même adopté des apparats moins ostentatoires. Au début de la crise, elle avait été surprise à porter des robes officielles à usage normalement unique créées pour elles trois décennies plus tôt. Depuis son accession au trône, les palais royaux n’ont rien perdu de leur éclat, ce qui ne rend pas moins surprenante l’information selon laquelle une partie des pièces de Buckingham Palace n’a jamais été redécorée.

Le vent de rigueur a suscité quelques querelles entre les hauts fonctionnaires du gouvernement et ceux de la famille royale. Le ministère de la culture, par exemple, qui paie 15 millions de livres pour l’entretien des palais royaux, a demandé à la Couronne une réduction de 25% des coûts de maintenance et des frais de déplacement.

Symbole fort des mesures d’austérité, Buckingham Palace vient d’annuler la traditionnelle Christmas Party du mois de décembre. Economie: 50.000 livres. Le personnel rémunéré plus de 50.000 livres par an verra son salaire gelé, et les départs ne seront probablement pas remplacés.

Mais ces coups de froid ne sont pas forcément perdants pour le Crown Estate. L’abolition de la liste civile à partir de 2013 est à l’avantage de la famille royale: une somme forfaitaire lui sera allouée, qui lui permettra de gérer ses affaires internes avec une plus grande marge de manœuvre.

Jackpot

La liste civile avait été instituée en 1760 par le roi George III, qui en raison de troubles psychologiques avait préféré déléguer au ministère des finances: dès lors, l’Etat percevait des revenus du patrimoine royal, qu’il finançait en retour.

Or, les temps ont changé puisque le patrimoine et les revenus inhérents sont cinq fois supérieurs à la liste civile qui vient d’être abolie.

Le Crown Estate pourra par exemple percevoir directement 15% des gains tirés des éoliennes offshore, l’une des priorités du gouvernement. La Couronne possède en effet les fonds marins sur 22,5 kilomètres tout autour des côtes britanniques.

Pas moins de 436 turbines fonctionnent actuellement, et les projets du gouvernement prévoient de porter le nombre total à 7.000 d’ici 2020 pour atteindre l’objectif de 20% d’énergies renouvelables. Un véritable jackpot pour Buckingham Palace, puisque le revenu global serait de 280 millions de livres par an.

Concrètement: le gouvernement vient d’annoncer la réduction du financement de la liste civile et des subventions de 34 millions à 30 millions à partir de 2013. Si les revenus du Crown Estate atteignent 250 millions de livres, ce qui sera le cas dans le courant de la décennie, Buckingham Palace touchera 37,5 millions de livres par an.

Le leader de l’organisation antimonarchiste Republic, Graham Smith, "estime que le Crown Estate existe pour fournir de l’argent au gouvernement, et non pour payer la famille royale. Nous devrions définir ce dont elle a réellement besoin et pourquoi."

Les derniers travaux ont permis la construction d’un nouveau toit à Buckingham Palace (16 millions de livres), d’un nouveau système de chauffage (2,4 millions) et de nouvelles canalisations à Windsor (3 millions).

Johann Harscoët à Londres

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