La navette, future pièce de musée très recherchée

Pas encore refroidies, les navettes spatiales sont déjà réclamées par les grands musées américains.

Au moment où l'on parle de la retraite un peu partout dans les milieux politiques et économiques, il est une future retraitée qui provoque déjà regrets et enjeux. La navette spatiale américaine. Officiellement, il ne reste plus que deux vols opérationnels prévus pour cet engin spatial dont la carrière se terminera à la fin de l'année. Un lanceur révolutionnaire, certes, mais cher à l'usage. Trop cher désormais pour les budgets spatiaux américains, rabotés par la crise. "Nous aurions aimé continuer à faire voler les navettes le temps que le nouveau système de lancement soit prêt, mais nous n'avons tout simplement pas le budget pour cela", a regretté Mike Moses, responsable de la préparation du lancement. La navette spatiale Atlantis, revenue sur terre mercredi dernier, ne devrait, elle, plus revoir l'infini de l'espace. Les deux derniers vols de navettes seraient normalement confiés à Discovery et Endeavour. Les autres rescapées de la flotte américaine qui a connu la perte de deux navettes, Columbia et Challenger, ainsi que celle de leurs équipages respectifs, soit 14 astronautes.
L'aventure avait débuté le 12 avril 1981 avec le premier vol de la navette Columbia. Comme pour les grands événements historiques, chacun se souvient sans doute de ce qu'il faisait ce jour-là. Il faut dire que le spectacle était au rendez-vous avec cet incroyable assemblage d'un avion fusée posé sur un gros réservoir et relié à deux propulseurs externes.

Au musée? Oui, mais lequel?

Aujourd'hui, tout cela appartient au passé. À l'Histoire (avec un grand H). Les tuyères des navettes ne sont pas encore définitivement refroidies que déjà les musées sortent le carnet de chèque pour tenter d'acquérir l'une de ces précieuses reliques. Quelque 21 institutions sont déjà candidates pour acheter et exposer une navette. "La concurrence sera dure" souligne Bill Moore, directeur du centre d'accueil des visiteurs du Centre Spatial Kennedy (Floride). Discovery n'est déjà plus au catalogue. Elle est promise au Musée national de l'air et de l'espace à Washington. Jolie fin de carrière pour cette doyenne aux 39 missions. Pour le moment, rien n'est encore décidé pour Atlantis et Endeavour. Les prétendants se bousculent pour tenter d'arracher une décision au sein de la Nasa. Le musée de l'USAF à Dayton (Ohio) réclame ainsi l'un des engins pour l'aide accordée par les pilotes de l'armée de l'air américaine au développement de l'orbiteur. New York serait aussi en lice, de même que les deux musées de la Nasa, le Johnson Space Center de Houston (Texas) et celui de Cap Kennedy, favori dans le choix futur. Quant au ticket d'entrée pour ce deal spatial, il est de 28,8 millions de dollars. Une fameuse remise quand on sait que le prix de départ était fixé par les autorités à quelque 42 millions de dollars l'unité. Pour l'anecdote, ce prix, plutôt démocratique pour une antiquité de cette valeur historique, comprend le nettoyage des navettes et leur transport sur le dos d'un 747. "Ce n'est pas tant le coût de la navette. Mais c'est le coût de l'emballage et de la livraison" souligne, non sans humour, la conservatrice du Musée de l'air et de l'espace de Washington, Valérie Neal.
Pour les lecteurs fortunés, il est à signaler qu'il n'est pas prévu de céder une relique à un particulier. Inutile donc de rêver à une navette plantée dans votre jardin. Dès la mise à la retraite officielle des trois vieilles dames, les Etats-Unis n'auront plus, dans un premier temps, que le choix des Soyouz russes pour atteindre l'ISS. Un lanceur américain ne sera, en effet, pas disponible avant 2015.

Si le rêve se prolongeait un peu?

Tout ce qui précède pourrait aussi être balayé par la possibilité de vols supplémentaires. Lesquels pourraient voir prolonger ainsi la durée de vie professionnelle des navettes. Des rumeurs circulent. Y compris au sein de la Nasa. "J'ai ouï dire au sein de la Nasa ou de la communauté spatiale que le programme de vols pourrait être étendu […] mais le discours officiel pour l'instant est que les navettes seront mises à la retraite à la fin de l'année" confirme la conservatrice du musée de Washington.
Si les rumeurs se confirmaient, elles représenteraient un sacré coup dur pour le budget de la Nasa. Mais provoqueraient aussi des bonds de joie chez les admirateurs de ces vaisseaux de l'espace.

Et si vous passez en Alabama, n'hésitez pas à faire étape au Space and Rocket Center d'Huntsville. Vous y verrez la navette Pathfinder montée sur son réservoir ventral et accompagné des deux boosters latéraux. Pathfinder n'est qu'une maquette de travail mais avec les mêmes taille, masse et forme qu'une navette opérationnelle. L'illusion est parfaite. Un petit avant-goût, en attendant de pouvoir admirer les navettes mises au musée. Théoriquement dès la mi-2011. 

DEGOUY PHILIPPE
philippe.degouy@lecho.be

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