Lehman Brothers ou l'art d'éponger ses dettes

Lehman Brothers va mettre en vente une nouvelle part de sa collection d'art moderne.

Décidément, les amateurs d'objets précieux ne savent plus où signer les chèques en ce moment. Après la vente d'objets d'Elvis Presley qui doit avoir lieu ce samedi (lire L'Echo du 12 août), c'est une autre vente aux enchères qui va attirer l'attention des collectionneurs comme celle des curieux. Bien différente et pourtant aussi représentative d'une époque révolue. Prévue pour le 25 septembre prochain à New York, la vente dont il est question concernera une nouvelle fois Lehman Brothers. Cette fois, il s'agira de se séparer de quelque 400 œuvres de sa collection d'art moderne .

De l'art moderne mis en vente

Des œuvres d'artistes aussi divers que Damien Hirst, Gerhard Richter, Liu Ye, Julie Mehretu ou Takashi Murakami seront ainsi mises en vente. Des œuvres ponctionnées dans les collections de Lehman mais aussi dans celles de la gestion d'actifs Neuberger Berman, rachetée par la banque américaine et entraînée dans le maelström financier. Pour la petite histoire, cette collection d'art, qui comprenait à l'origine quelque 900 oeuvres, avait été initiée par le fils du fondateur de la banque, Robert Lehman, au début du XXe siècle. Les spécialistes en art moderne mettent plus spécialement en avant trois œuvres qui vont certainement jouer les locomotiveslors de la séance. We've got Style réalisée en 1993 par Damien Hirst et évaluée entre 800.000 et 1,2 million de dollars, The Long Way Home de Liu Yey et Sans titre de Mehretu, toutes deux estimées entre 600.000 et 800.000 dollars. Il faut aussi citer des photographies de Felix Gonzales-Torres ou des œuvres de l'artiste californien John Baldessari.

Une goutte d'eau dans l'Océan des dettes

Sotheby's, société organisatrice de la vente, estime le produit de la vente à quelque 10 millions de dollars (soit 7,76 millions d'euros). Même si l'on n'est pas à l'abri d'une surprise. Ainsi, lors d'une vente semblable organisée en novembre 2009 à Philadelphie, les lots avaient rapporté deux fois plus que le montant total estimé. Un tableau baptisé Le Pont de Brooklyn avait été vendu cinq fois le montant minimum proposé. Dans ce genre de ventes, en effet, ce n'est pas la valeur réelle des œuvres qui compte mais bien la valeur affective. On a eu, en Belgique, un bel exemple avec les objets de la compagnie Sabena vendus au public, ou en France avec les restes de l'univers Concorde. Des pièces sans réelle valeur commerciale avaient atteint des sommes astronomiques. Simplement parce qu'elles appartenaient à un avion de légende. Pour Kelly Wright, conseillère chez Lehman, "c'est une collection véritablement visionnaire, à travers laquelle transparaît le flair en termes d'investissement de Neuberger Berman". Visionnaire. Flair dans les investissements. Ces propos ne manqueront pas de faire grincer les dents des clients floués de Lehman. Par ailleurs, ces millions qui seront récoltés en septembre ne représentent qu'une infime goutte d'eau qui ne devrait pas fortement alléger les dettes abyssales de la banque. Un geste qui se révèle plus symbolique qu'autre chose.

Certes, mais nul doute que cette vente devrait connaître un beau succès médiatique et public. Comme le déclare Barry Gilbertson, de PricewaterhouseCoopers, " il y a beaucoup de gens qui souhaitent acquérir une œuvre d'art liée à Lehman. " Un petit morceau arraché à l'édifice intime de cette banque liée à jamais à la plus grave crise financière et économique depuis les années '30. Et par la même occasion la plus importante faillite aux Etats-Unis. A défaut d'avoir pu gagner de l'argent avec les produits Lehman, les acheteurs se féliciteront certainement d'une acquisition qui rapportera des intérêts certains avec la montée des prix du marché de l'art. Un jour on perd, l'autre on gagne. Le principe des investissements financiers.
La vente doit néanmoins encore recevoir le feu vert du tribunal des faillites.

À Londres aussi

Et pour quelques centaines de milliers de dollars de plus, vous pourrez participer à l'autre vente de pièces de Lehman qui aura lieu à Londres le 29 septembre. De quoi acquérir les souvenirs qui décoraient les locaux londoniens de la banque : des insignes, des objets à l'effigie de Lehman ou des boîtes de cigares de la direction. Sans oublier des pièces bien plus précieuses, réalisées par Lucien Freud ou Gary Hume. Pour cette vente, les organisateurs espèrent récolter quelque trois millions de dollars. Trois millions ? Une fois, deux fois… adjugés ! Un coup de marteau qui résonnera comme le sinistre épilogue d'un drôle de drame.

Philippe Degouy

philippe.degouy@lecho.be

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