Les filles fortes, indépendantes et féminines font du roller derby

Samedi, à Tour & Taxis, les Brussels Derby Pixies affrontent les Lutèce Destroyeuses de Paris dans ce sport de contact, à la violence contrôlée, aux allures punk-rock teintées de féminisme.

Sur la piste (dites le track), deux équipes de cinq filles perchées sur des rollers de type quad (4 roues), casquées et bardées de protections aux genoux et aux coudes, et même d’un protège-dents. Le coup de sifflet retentit, les filles s’élancent et le public s’agite. Deuxième coup de sifflet, la cadence s’accélère, les cris fusent des gradins. Une fille tente de dépasser le peloton, elle est bloquée par ses adversaires, ses coéquipières s’interposent, elle louvoie, elle passe, un point pour son équipe! On pense immédiatement au film "Rollerball" (de Norman Jewison, avec James Caan, pour ceux qui s’en souviennent), mais en moins trash. Bienvenue dans l’univers roller derby.

Catch sur rollers

La discipline trouve ses origines dans l’Amérique d’après le krach de 1929. Pendant la Grande Dépression, les chômeurs désespérés, attirés par des promesses de gains rapides, participent à des concours et des marathons d’endurance, à la manière du film "On achève bien les chevaux". Leo Seltzer, qui organise ce genre de joyeusetés, propose à des couples d’accomplir la distance qui sépare New York de Los Angeles à pied, sur une piste ovale. Il adapte ensuite l’épreuve désormais accomplie sur patins à roulettes avant de finaliser, en 1937, les règles de ce qui devient une course d’équipes où tous les contacts sont permis.

Le "catch sur roller" a connu son apogée dans les années 60 puis a périclité à partir de 1970 pour se retrouver quasi moribond au début des années 1980. À cette époque, un certain Daniel Policarpo relance le sport en lui ajoutant un aspect performance de spectacle. Les TXRD Lonestar Rollergirls et les Texas Rollergirls redonnent naissance à la discipline, qui évolue désormais dans une esthétique très punk rock et un esprit féministe. Après tout, il s’agit aussi pour ces filles et ces femmes de sortir du carcan des sports qui leur sont habituellement proposés. Au diable le collant de gymnastique et le tutu, sortons les rollers et les casques.

Réanimé à la fin des années 2000, le roller derby qui dispose depuis 2010 d’une fédération internationale a trouvé un nouvel élan en Europe à la sortie, en février 2010, du film "Bliss", réalisé par Drew Barrymore, dans lequel une adolescente texane fuit les concours de beauté pour rejoindre une équipe de roller derby. Aujourd’hui, la Belgique compte 10 leagues (équipes) de part et d’autre de la frontière linguistique, mais l’engouement est tel que de nouvelles recrues arrivent tous les jours. Il existe désormais également des leagues juniors, tandis que les Brussels Manneken Beats, une équipe de merby (le roller derby pratiqué par les hommes) est en cours de création.

Violence contenue

Le roller derby se déroule sur une piste ovale (track) en deux périodes de 30 minutes constituées d’une succession de jams de 2 minutes chacune. Chaque équipe se compose de trois blockeuses, une joueuse pivot (qui ensemble forment le pack) et une attaquante (jameuse). Les jameuses doivent dépasser le pack pour marquer un point à chaque joueuse dépassée mais, bien sûr les blockeuses font (presque) tout pour les empêcher de passer.

Un sport violent? "Oui, cela peut l’être comme tout sport de contact, explique Margaux Snow White T.F. Legroux, des Brussels Derby Pixies. Mais la violence est vachement modérée, il y a une soixantaine de pages à connaître avant de pouvoir jouer. Il y a des zones corporelles que l’on ne peut pas toucher (la tête, le dos, le dessous des genoux), on ne peut pas toucher avec la tête, les mains, les coudes ou les pieds. Donc, c’est sécurisé, tout en laissant des possibilités de jeu avec les épaules, les hanches, les fesses…" Et gare à l’exclusion en cas de geste déplacé.

Mini-short, bas résille pour certaines, tatouages ou maquillage très prononcé voire outrancier, les filles s’inscrivent dans une esthétique punk rock et rockabilly, comme pour affirmer leur côté subversif. Chaque participante a aussi son nom de scène Roll Her Face, Mamacita Matadora, FallWaFal, Florence And-TheMachette pour incarner un personnage et tenter d’impressionner l’adversaire.

Univers et esprit

À côté du show à l’américaine et de son univers un peu particulier, le roller derby est avant tout un sport. "Ce qui m’a attirée dans le roller derby, c’est l’aspect sportif, explique Margaux. Cela me paraissait étrange à la base mais j’ai découvert le contact, la vitesse, les stratégies. J’ai appris à me déplacer, à aller plus loin que ce que je pensais pouvoir faire. Ce sport me pousse dans des retranchements, physiquement et mentalement".

Sport mais aussi école de vie tant l’esprit d’équipe est présent, au sein de chaque formation mais aussi entre les formations. Lorsqu’elles se déplacent, les équipes s’hébergent les unes les autres et en profitent pour faire visiter leur ville tandis que le recours à la langue anglaise gomme de nombreuses frontières. La rivalité qui les anime sur le terrain disparaît une fois la fin du match sifflée. École de vie également par la confiance en soi que semble procurer le roller derby auprès de ses adeptes. La discipline est en effet très influencée par le mouvement "DIY" (pour Do It Yourself) qui incite à faire un maximum de chose par soi-même. "Cela permet de comprendre qui on est, d’admettre qui on est, ajoute Snow White T.F. Il ne faut pas être grande et mince pour être roller, tout gabarit est accepté et on se sent capable de faire de grandes choses". Dans cette grande famille, être une femme est loin de constituer un handicap.

Samedi 28 septembre à Tour & Taxis, deux matches à 16 et 19 heures. www.facebook.com/BrusselsDerbyPixies, www.rollerderby.be.

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