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Oyez Oyez (à ceux qui en doutaient), le PTB est un parti comme les autres: il sait retourner sa veste

©Photo News

Il n’y a que les imbéciles qui ne changent pas d’avis, c’est bien connu.

C’est ce qu’ont dû se dire les éminences du PTB en retournant leur veste de manière aussi radicale. Jugez-donc.

La bande à Raoul Hedebouw, Marco Van Hees et autres Peter Mertens présente ces jours-ci un bouquin "La taxe des millionnaires et sept autres idées brillantes pour changer la société". Et l’une de ces "brillantes idées", c’est la semaine de travail de 30 heures (sans perte de salaire, évidemment...). Oui, vous avez bien lu, la semaine de travail de 30 heures.

Alors les chercheurs du PTB égrènent, un chapitre durant, les différents arguments en faveur de cette réduction drastique du temps de travail. Les grandes entreprises et les grosses fortunes nagent dans l’argent et toute cette richesse doit être activée au profit de la société, font valoir les auteurs. "La productivité a augmenté, mais les inégalités également!". "Quelle que soit l’importance que nous accordons au travail, partout dans le monde règne le désir de reprendre le contrôle de son temps". Ou: "la diminution du temps de travail peut avoir beaucoup d’effets très positifs pour la collectivité: elle diminue les accidents de travail, améliore la santé et diminue l’absentéisme, augmente la motivation, diminue les dépenses liées au chômage ou à la maladie, permet de maintenir plus longtemps une expertise dans les entreprises…"

N’en jetez plus, le PTB veut sa semaine de travail de 30 heures.

Tiens, donc…

Voici Thierry Leroy. Il était commercial, il est liégeois, et il est désormais "simple" intérimaire. Et son dada, c’est justement la réduction du temps de travail.

Ainsi a-t-il fait parvenir au PTB, pas plus tard que l’année dernière, une étude très documentée et chiffrée, réalisée au cours de son temps libre, et portant sur les avantages de réduire la semaine de travail à 32, voire à 30 heures/semaine.

Oh, mais que voit-on donc ensuite? Un mail, envoyé le 17 février 2014, par "le département économique" du PTB. Et c’est savoureux. En six points lapidaires, les "experts" du PTB expliquent pourquoi cette réduction du temps de travail n’est pas une bonne idée…

"La réduction du temps de travail ne résoudra pas la crise. La crise est causée par d’autres facteurs qui ne sont pas solutionnés par votre proposition"

Morceaux choisis. "Dans le capitalisme, divers paramètres expliquent la création d’emplois, à commencer par la recherche du profit. Donc si on diminue le temps de travail par salarié d’un cinquième (de 40 à 32h environ), on ne créera pas un cinquième d’emplois supplémentaires". (…) "Certains emplois-travaux ne peuvent pas être réellement divisés. Ils doivent simplement être faits. Dans certains cas, comme dans l’administration (publique ou privée), une partie des dossiers ne seront plus remplis ou alors avec retard. De l’autre côté, il faut vendre les produits et services. S’il n’y a pas de demande, les entreprises n’engageront pas davantage". Ou encore: "La Belgique ne peut pas sortir seule de la crise (…) Il faudrait qu’au moins la diminution du temps de travail se passe dans les pays voisins. Et encore, la crise ne serait pas du tout résolue, celle-ci dépendant de la répartition des richesses"

Et enfin: "(la réduction du temps de travail) ne résoudra pas la crise. La crise est causée par d’autres facteurs qui ne sont pas solutionnés par votre proposition".

Evidemment, le sang de Thierry Leroy n’a fait qu’un tour; car le grand-écart entre la fin de non-recevoir que lui a balancée le PTB l’année dernière et la proposition "brillante" qu’il formule aujourd’hui ferait pâlir d’envie une danseuse du French can-can tellement il est énorme.

Mais qu’il se rassure néanmoins: Thierry Leroy et sa mésaventure auront – au moins – servi à une chose. Montrer par A + B que le PTB ne lave ni plus blanc que blanc ni plus rouge que rouge.

Gonflés à l’opportunisme, dopés par des perspectives que les sondages leur annoncent mirobolantes, les haut-gradés de l’extrême-gauche (section maoïste) montrent l’étendue de leur capacité à retourner leur veste en l’espace de quelques mois.

Reste que le plus cynique, c’est sans doute le dédain avec lequel l’intérimaire Thierry Leroy a été traité. "Je suis offusqué, ce sont tous mes arguments qu’ils utilisent aujourd’hui, c’est honteux", souffle-t-il.

Y a pas à dire, au PTB, on sait prendre soin des plus faibles…

[Suivez Martin Buxant sur Twitter en cliquant ici]

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