Première dame de France: un rôle unique à réinventer

La femme du président de la République n'a pas d'existence juridique. Election après élection, elle revisite la fonction et imprime l'histoire à sa façon.

Carla, Cécilia, Bernadette, Danielle, Anne-Aymone, Yvonne... Elles ont, chacune à leur manière, porté l'habit de Première dame de France. C'est maintenant au tour de Valérie d'accompagner le président élu et d'imprimer son style.

La compagne du président français, - ou le mari, mais aucune femme n'a jamais gravi les marches de l'Elysée en France - n'existe pas dans les textes. Son rôle varie donc au gré des Premières dames. "Quelqu'un qui voudrait poursuivre sa carrière professionnelle pourrait le faire" explique le constitutionnaliste Guy Carcassonne.
A l'instar de l'épouse de Tony Blair, Cherie, qui a poursuivi sa carrière d'avocate, Valérie Trierweiler, la compagne du nouveau président élu François Hollande, n'a pas l'intention d'abandonner sa carrière de journaliste. Elle a pourtant été contrainte de la mettre entre parenthèses durant la campagne de François Hollande. "Etre financièrement indépendante est pour moi fondamental", a-t-elle confié, à plusieurs reprises.
A 47 ans, cette élégante femme, au style classique et aux cheveux châtain, a admis qu'elle craignait de "perdre sa liberté", et ne pas avoir une idée déterminée de sa fonction de Première dame de France. "Puisque rien n'est écrit, tout reste à inventer" a résumé Valérie Trierweiler, décrite par un confrère de Paris Match comme "une personnalité franche, carrée, très professionnelle", travaillant "sans esprit partisan".

Des bouquets et des dessins

Sans existence juridique, la femme du président de la République donne généralement dans le caritatif et les bonnes oeuvres. Pas tant qu'elle veuille ainsi renforcer l'image bienveillante du président, que de rester maître de son action et de ses activités le temps du mandat. Pour autant, la Première dame des années 2000 n'a plus rien à voir avec celle des années 50, bien loin de "tante Yvonne", catholique pratiquante effacée derrière le général De Gaulle.

Décennie après décennie, mandat après mandat, la "femme" du président s'est affirmée, déterminée à ne pas vivre dans l'ombre de son illustre époux. Ainsi, Claude Pompidou a fait connaître son goût pour l'art. En 1976, Anne-Aymone Giscard d'Estaing "osera" formuler des voeux timides et hésitants, devant la cheminée, à côté de son mari. Pour sa part très engagée, Danielle Mitterrand, a dit un jour ne pas vouloir être "une potiche". En 1986, elle met d'ailleurs beaucoup d'énergie dans la création dans la fondation France Libertés. Et en pleine cohabitation, elle attaque le gouvernement. Des députés de la majorité lancent alors une tribune: "Qui veut faire taire Danielle?". Enfin, Bernadette, l'épouse de Jacques Chirac, restera à la postérité pour le succès de l'opération pièces jaunes, au profit des hôpitaux. Fait notable, elle était élue au conseil général de Corrèze. La question de l'influence politique des Premières dames affleure donc aussi parfois.

Ephémère "First lady", Cécilia Sarkozy a fait polémique après son voyage en Libye, en juillet 2007, pour aller chercher les infirmières bulgares condamnées à mort. Moins impliquée, Carla Bruni-Sarkozy a, quant à elle, créé en avril 2009 la Fondation Carla Bruni-Sarkozy, tournée vers l'éducation et la culture des publics vulnérables.

Revêtir les habits de "first lady" ne semble pas, ou plus, faire rêver. La première à l'avoir dit, on ne peut plus clairement, est l'épouse du président sortant. A peine a-t-elle, en février 2008, épousé le futur père de sa fille Giulia, née le à l'automne dernier, que Carla Bruni-Sarkozy avoue ne pas "aimer l'Elysée". Elle confie détester les contraintes officielles, et a pris en grippe des membres de l'entourage de son mari.

"Ma simple présence auprès de femmes comme Danielle Mitterrand ou Bernadette Chirac constitue une révolution en soi", rapporte-t-elle, dans une biographie parue en 2010. "Je suis tellement différente, j'ai été mannequin, je chante et je veux continuer", revendique-t-elle, avant d'avouer: "moi, je vais dans les trucs obligatoires". Lors d'un sommet du G8 à Aquila en 2009, elle avait boudé le programme concocté pour les femmes de dirigeants, manquant de déclencher un incident diplomatique avec le président du Conseil italien, Silvio Berlusconi.

Fuyant le protocole, l'ex-mannequin ne vivait pas à l'Elysée mais près de la porte d'Auteuil, dans le XVIe arrondissement. Et en 2009, elle avait dit qu' "en tant qu'épouse", un seul mandat présidentiel lui suffirait.

Dimanche, les Français l'ont entendue et libérée de ses corvées.

Caroline Geuzaine

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