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Un modiste en scène

Christophe Coppens expose et met en vente quelque 170 créations issues de 20 années de travail, pour la plupart des pièces uniques.

Christophe Coppens a toujours aimé les catalogues des ventes Pierre Bergé & associés. Il y apprécie le mélange toujours réussi entre objets de grandes valeurs et objets divers. C’est lui qui a contacté la salle Pierre Bergé, avec l’idée de présenter quelques-unes de ses pièces lors d’une vente axée sur le design. Le courant passe bien, la conversation s’intensifie et l’idée naît de mettre en place une vente à son nom. Pour lui qui cherche à marquer le coup de 20 ans de créations, sans qu’il s’agisse de faire une rétrospective ("C’est court, 20 ans", dit-il), l’événement tombe à pic.
Christophe Coppens crée des chapeaux depuis 20 ans. Formé au théâtre et à la danse, il se découvre mauvais comédien. Lorsqu’il s’essaie à la mise en scène, il n’est pas satisfait non plus. Lorsqu’il cherche à réaliser des chapeaux pour une pièce de théâtre, la rencontre avec une modiste de 76 ans est décisive. "J’ai préféré l’atmosphère d’atelier, d’être chez moi à fabriquer des chapeaux, plutôt que de m’occuper des ego des comédiens", explique-t-il. Il quitte le Conservatoire de Bruxelles en 1990 et ouvre la même année son atelier.
En 2002, s’ouvre l’Atelier Coppens, place du Nouveau Marché aux Grains à Bruxelles. La production d’accessoires, l’atelier de conception, le show-room, le magasin avec la ligne de décoration et les pièces uniques, les projets Dollhouse sont rassemblés sous un seul toit. Le visiteur peut y faire connaissance avec une activité artisanale alliant savoir-faire d’autrefois et modernité.

Univers théâtral

En Belgique, Christophe Coppens est qualifié de modiste. C’est non seulement un mensonge éhonté mais s’est aussi la preuve qu’on aime coller des étiquettes. Coppens est bien plus qu’un créateur de couvre-chefs amusants. L’exposition de ce week-end au Sablon, qui précède la vente de ce dimanche, en donne la preuve brillante. On découvre ici un ensemble spectaculaire de créations: chapeaux, accessoires, vaisselle en porcelaine, objets en Val-St-Lambert, d’étranges poupées dans leurs boîtes en carton, d’immenses doudous en peluche, des maisons de poupées mystérieuses… Un univers très théâtral, un peu dramatique, ludique, joyeux et étrange se déploie au travers de cet ensemble de pièces uniques et prototypes.
En entrant, on découvre de très graphiques chapeaux en feutre, plumes, perles… Dans une vitrine, une très belle série de petits chapeaux issus de la collection "The Birds", créée en 2010. Un très sculptural moule à chapeau "Marylin" éveillera sûrement la convoitise des collectionneurs. De mystérieux animaux aux couleurs fluo, en cuir et rehauts de paillettes, de la série "Zoo" réalisée en 2010 déploient leur charme acidulé. Quelques jolies pièces du projet "Dream you Dream", sorties en 2005, avec un motif d’œil qui se répète, sont à voir tout comme des broches papillons tout à fait accessibles.
Les dix chapeaux en papier dont le sommet représente un visage en relief: un ensemble dont l’esthétique et la puissance visuelle frise de très très près l’art. Dans la dernière salle d’expositions, trois des sept maisons de poupées qui ont été présentées en 2001 au musée Charlier à Bruxelles. Chaque maison regroupe des petites chambres, éclairées et meublées, dans une ambiance dramatique, mystérieuse ou cauchemardesque.
Dans la série "J’aime le rock", on trouve les épaulettes "Crânes " rebrodées de paillettes, que la chanteuse Beth Ditto (Gossip) a portées pour son clip vidéo, le prototype du chapeau "Rihanna Knife" que porte Rihanna lors des Grammy Awrads en 2009. Ou une étonnante cape reprenant deux silhouettes de tissu qui semblent se battre, portée par Roisin Murphy lors de sa tournée mondiale de 2008.

Mélange et équilibre

Christophe Coppens travaille à Bruxelles, avec une équipe de 8 artisans et de nombreux free-lances. Il aime aussi découvrir et utiliser des savoir-faire dans d’autres pays. Par exemple, certaines pièces de ses collections sont brodées ou imprimées en Inde, la porcelaine "Hasami" a été réalisée au Japon (Collection "The Table", 2009). Ses créations sont présentées dans près de 200 points de vente à travers le monde, dont 140 au Japon.
L’artiste explique que son travail, organique et polymorphe, se retrouve autant sous forme de pièces uniques que dans des séries plus commerciales. Il a créé pour la marque de vêtements JBC une série d’accessoires à petit prix, ou, pour L’Oréal, un packaging exclusif. Ce va-et-vient entre la création pure, les pièces Haute Couture, les chapeaux en petite série à découvrir dans son atelier de Dansaert, les décors de vitrine, les commandes sur mesure et des pièces plus commerciales lui permet de garder un équilibre financier. Equilibre qui reste fragile et difficile à maintenir, une constante, malheureusement chez les créateurs, explique Christophe Coppens.

Muriel de Crayencour

Exposition vendredi et samedi 4 décembre, de 10 à 18h. Vente dimanche 5 décembre, de 10 à 13h. Pierre Bergé & Associés, 40 place du Grand Sablon à 1000 Bruxelles. www.pba-auctions.com.

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