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Une catastrophe qui en appelle d'autres?

"Il y aura un avant et un après Staufen. Ce qui s’est passé là-bas va changer pour toujours la manière dont nous utilisons la géothermie en Allemagne". Ralph Watzel ne cherche pas à se cacher derrière son petit doigt. Le chef de l'Office de géologie du Bade-Wurtemberg ne s’était jusqu’alors jamais opposé à un projet destiné à récupérer la chaleur naturelle du sol. Son Etat compte aujourd’hui plus de 15.000 installations de ce type qui s’enfoncent rarement à plus de 100 mètres de profondeur (il ne faut pas les confondre avec les forages qui descendent à plusieurs milliers de mètres dans la croute terrestre pour fournir de l’énergie à plusieurs centaines de foyers). Dans l’ensemble de l’Allemagne, plus de 100.000 projets de géothermie peu profonde ont déjà vu le jour. L’incident de Staufen est pour l’instant un cas unique.

Mais plusieurs signes inquiétant montrent que cette catastrophe pourrait toucher d’autres communes. "Nous savions que le sous-sol près de la mairie contenait de l’eau et du gypse, avoue M. Watzel. Cette roche est présente dans 30% de notre région et nous avons autorisé des centaines de forages dans des zones similaires à celle de Staufen." Les méthodes utilisées par l’entreprise autrichienne pour faire ses trous n’avaient également rien d’exceptionnelles. "Ils ont utilisé la technique la moins couteuse qui consiste à creuser en utilisant une sorte de marteau, ajoute le chef de l'Office de géologie. Ils ont aussi cessé d’utiliser un tubage pour s’assurer que le trou soit bien vertical après une certaine profondeur afin de limiter leurs dépenses mais cela n’avait rien d’illégal car les entreprises ont le droit d’utiliser la méthode de forage de leur choix."

Ce laxisme réglementaire peut étonner dans un pays comme l’Allemagne où tout est codifié mais il est aujourd’hui encore réel. "Nous fournissons aux foreurs les informations concernant la composition des sous-sols dans lesquels ils vont creuser mais ils font ensuite ce qu’ils veulent de ces données, résume Rachel Jorand du Centre de recherche sur l’énergie de l’université d’Aachen. Notre avis est purement consultatif." Les géologues sont pourtant les plus à même de savoir si un projet pourrait se révéler dangereux. "C’est sûr, reconnaît Mme Jorand mais nous conseillerions tellement souvent de ne pas forer qu’on préféré ne rien nous demander."

Berlin n’a en effet pas de temps à perdre. Le gouvernement s’est engagé à ce que la moitié de l’énergie consommée dans le pays provienne des énergies renouvelables dès 2050. Pour atteindre cet objectif, les projets solaires, éoliens et géothermiques devaient se multiplier à une vitesse exponentielle. Et tant pis pour la sécurité… La France n’a pas non plus de leçons à donner dans ce domaine. "Nous manquons de professionnels formés dans le domaine du forage, prévient Norbert Bommensatt, un ingénieur de l’Agence de l'Environnement et de la Maîtrise de l'Energie (Ademe). C’est triste à dire mais tant qu’on ne rencontre pas de gros problèmes, nous ne regardons pas dans le détail les activités des entreprises spécialisées dans la géothermie."

L’état du Bade-Wurtemberg a, lui, commencé à devenir plus rigoureux depuis la catastrophe de Staufen qui a provoqué une chute de 30% des ventes d’installation géothermique dans l’état. "Un texte en vigueur depuis janvier 2009 impose aux foreurs d’arrêter de creuser dès qu’ils entrent en contact avec du gypse, résume M. Watzel. Et nous venons de mettre en place une commission qui va travailler pendant six mois avant de proposer des directives visant à mieux sécuriser la production de chaleur géothermique." Mieux vaut tard que jamais… Mais comment s’assurer que d’autres entrepreneurs n’ont pas utilisé, eux aussi, un béton mal adapté qui risque de provoquer un soulèvement des sols? "Il n’y a aucun moyen de vérifier les trous déjà creusés. Cela couterait trop cher", tranche le chef de l'Office de géologie. L’exemple de Staufen pourrait-il donc se reproduire dans d’autres communes? "C’est tout à fait possible, conclut M. Watzel. J’espère seulement être à la retraite quand cela arrivera…"

F.T.

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