La mise en faillite des pays "faibles" au menu des grands argentiers européens

Christine Lagarde, ministre des Finances française, parle à Wolfgang Schaeuble, son homologue allemand

Vendredi, Herman Van Rompuy a reçu les ministres des Finances européens. L'Allemagne fait pression pour imposer ses remèdes à la crise, dont une mise en faillite des pays trop endettés.

Bruxelles (L'Echo) - Les ministres des Finances de l'UE se sont réunis vendredi à Bruxelles pour réfléchir aux moyens de renforcer la discipline budgétaire, sous la pression de l'Allemagne qui souhaite imposer de nouvelles sanctions controversées et la mise en faillite de pays trop endettés.

Les grands argentiers des pays de l'Union européenne se sont retrouvés sous l'autorité du président de l'UE, Herman Van Rompuy.

Ce sera la première réunion d'un groupe de travail mis en place par les dirigeants européens en mars pour "explorer toutes les options" permettant de durcir la surveillance budgétaire des Etats de l'UE. Il est chargé de rendre un rapport d'ici la fin de l'année.

L'Allemagne souhaitait la constitution de ce groupe de travail pour prix de son feu vert à l'aide à la Grèce. Elle entend, en échange de son aide aux pays de la zone euro en difficulté, imposer une discipline budgétaire de fer dans l'UE.

Il s'agit de renforcer le Pacte de stabilité européen, censé limiter les déficits mais qui a volé en éclat avec la crise.

Tous les pays européens s'y sont déjà engagés sur le principe, mais les avis divergent sur les moyens à mettre en oeuvre.

La Commission européenne a fait des propositions en ce sens la semaine dernière. La plus spectaculaire consisterait à imposer dès 2011 un examen de l'UE des projets de budgets des pays avant que leurs parlement nationaux soient saisis.

L'Allemagne demande le blocage de certaines subventions européennes pour les pays laissant trop dériver leurs déficits, une option déjà envisagée par la Commission.

Mais elle veut aller plus loin. Elle veut aussi demander la suspension pendant au moins un an des droits de vote lors des décisions prises au niveau de l'UE.

Elle envisage également que les programmes budgétaires des différents pays soient examinés par la Banque centrale européenne (BCE) ou un "cercle d'instituts de recherche indépendants", selon un document de travail.

L'Allemagne veut aussi prévoir une mise en faillite des Etats trop endettés. Son ministre des Finances Wolfgang Schäuble parle d'une procédure de "restructuration des dettes".

Certaines de ses propositions, notamment la suspension des droits de vote, nécessiteraient cependant un changement du traité régissant l'UE, ce à quoi la Commission et de nombreux pays sont réticents.

Berlin propose aussi à ses partenaires de suivre son exemple en inscrivant dans leurs constitutions nationales un plafond chiffré pour les déficits, comme l'Allemagne l'a fait l'an dernier.

La France a fait un pas dans cette direction jeudi, en annonçant sa volonté d'y ancrer un objectif d'"équilibre des finances publiques".

Paris est aussi "d'accord sur le principe de nouvelles sanctions" contre les pays de la zone euro dont les déficits sont trop importants, a indiqué le président français Nicolas Sarkozy.

La France refuse cependant que l'attention soit seulement focalisée sur les déficits, et compte mettre aussi l'accent sur la croissance et la réduction des écarts de compétitivité entre pays européens.

Nicolas Sarkozy a cependant assuré jeudi soir qu'il n'avait "pas de désaccord" avec la chancelière allemande Angela Merkel sur la réforme de la zone euro.

Ces derniers jours, les frictions se sont multipliées entre la France et l'Allemagne sur la gestion de la crise, comme l'ont illustré les critiques françaises à l'encontre de la décision unilatérale de l'Allemagne d'interdire les ventes à découvert, des transactions particulièrement spéculatives sur les marchés.

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