Les Américains pendus au discours inaugural d'Obama

Les Américains ne seront pas seuls à suspendre leurs activités pour écouter le nouveau chef de la Maison blanche. On s'y intéresse dans le monde entier. L'allocution du nouveau président, prononcée à Washington sur les marches du Capitole peu après sa prestation de serment à la mi-journée, est pour lui l'occasion par excellence d'exposer au plus large public les objectifs de son administration.

WASHINGTON, 19 janvier (Reuters) - Dans son discours d'investiture, l'un des plus attendus de l'histoire politique récente, Barack Obama tentera mardi de persuader les Américains que la crise économique n'a rien de définitif.

L'allocution du nouveau président, prononcée à Washington sur les marches du Capitole peu après sa prestation de serment à la mi-journée, est pour lui l'occasion par excellence d'exposer au plus large public les objectifs de son administration. Au moment où le chômage frappe des millions d'Américains, où l'économie du pays est en berne et où des guerres mobilisent des troupes en Irak et en Afghanistan, Barack Obama ne manque pas d'aspirations à combler par la grâce d'une intervention qu'il prépare depuis des semaines.

"Le discours évoquera le moment où nous nous trouvons et l'énergie requise pour sortir de cette crise plus forts et plus unis que jamais", dit Nick Shapiro, l'un de ses porte-parole.

Selon d'anciens rédacteurs de discours présidentiels, Barack Obama devrait éviter de se lancer dans un fastidieux catalogue de propositions et mettre à profit son talent oratoire pour se concentrer sur les défis à relever et les moyens d'y parvenir.

"Dans un discours inaugural, le président commence par les grands principes et fixe une orientation au pays", note Jeff Shesol, qui a écrit nombre de discours du président Bill Clinton. "Il cerne une période définie dans le temps. Il donne une idée de sa personnalité, indique la manière dont il voit cette période et où il croit nécessaire que nous allions."

Les Américains ne seront pas seuls à suspendre leurs activités pour écouter le nouveau chef de la Maison blanche. On s'y intéresse dans le monde entier.

Au Japon, nombre de librairies présentent un rayon consacré à Obama et, à l'approche de son investiture, un recueil de ses discours. Il s'ouvre sur une intervention "légendaire" à la convention démocrate de 2004 et s'achève sur le discours "de la victoire" de novembre dernier, qui est devenu un best-seller.

LINCOLN, LE MODÈLE

En prévision du 20 janvier, Barack Obama a lu les discours inauguraux de plusieurs présidents américains. Une bonne cinquantaine ont été prononcés, mais seuls quelques-uns ont traversé le temps.

Parmi ceux qui sortent du lot figurent celui que prononça Abraham Lincoln ("sans malveillance envers quiconque") en 1865, vers la fin de la guerre de Sécession; celui de 1961 dans lequel John Kennedy affirmait que "le flambeau (avait) été transmis à une nouvelle génération d'Américains"; et celui de Franklin D. Roosevelt en 1933, pendant la "grande dépression".

Grand admirateur de Lincoln, Barack Obama a déclaré à USA Today qu'il considérait le discours de 1865 comme le meilleur, devant celui de Kennedy. Il ne s'est pas montré très impressionné par celui de Roosevelt.

"Celui de FDR n'est pas si bon que ça, a-t-il dit. On y trouve une très bonne phrase, 'La seule chose dont nous devions avoir peur est la peur elle-même'. Le reste est plutôt terne."

Le président élu se dit raisonnablement satisfait de son propre discours, "mais un peu de bricolage est encore possible".

"Ma tâche, avec ce discours, est simplement de rappeler aux gens le chemin que nous avons parcouru et les écueils extraordinaires que nous avons déjà surmontés. Nous avons traversé des périodes plus difficiles et nous viendrons à bout de celle-ci", dit encore Obama.

Michael Anton, qui rédigea des discours du président Ronald Reagan, estime que Barack Obama aurait intérêt à ne pas faire trop de promesses.

"Il surfe sur une grosse vague, beaucoup de ses partisans purs et durs croient que le soleil fera ses débuts le 20 janvier et que le monde va devenir un lieu entièrement différent", note-t-il. "Il faut à mon avis qu'il tempère les espoirs."

Pour Thomas Schwartz, spécialiste du processus présidentiel et professeur à l'université Vanderbilt, l'une des difficultés que Barack Obama devra maîtriser mardi sera de laisser entrevoir une aube nouvelle sans se montrer trop dur envers le président sortant George Bush, qui sera assis non loin de lui.

"Il n'a pas envie de commencer par une critique excessivement sévère de Bush", souligne Schwartz en rappelant que Kennedy était parvenu à critiquer son prédécesseur Dwight Eisenhower de façon implicite, sans verser dans le partisanisme.

Selon ses collaborateurs, la première réunion de travail consacrée par Barack Obama aux thèmes de son discours remonte à la semaine qui précédait la fête de Thanksgiving en novembre.

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