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Afrique du Sud: le meurtre de Terre'Blanche peut mobiliser l'extrême droite

Eugene Terre'Blanche

A deux mois de la Coupe du monde de football 2010, l'Afrique du Sud "s'inquiète du potentiel explosif" de ce crime qui illustre la persistance des fractures raciales de l'apartheid.

(afp) - Le meurtre de l'extrémiste afrikaner Eugene Terre'Blanche va renforcer la mentalité d'assiégé d'une partie de la minorité blanche en Afrique du Sud, dont certains éléments pourraient être tentés par des représailles, selon les analystes.

A deux mois de la Coupe du monde de football 2010, l'Afrique du Sud "s'inquiète du potentiel explosif" de ce crime qui illustre la persistance des fractures raciales de l'apartheid, souligne Aubrey Matshiqi du Centre d'Etudes politiques.

Une crainte nourrie par les déclarations du parti de Terre'Blanche, le Mouvement de la résistance afrikaner (AWB) - connu pour ses faits d'armes passés - qui a promis de venger son leader.
Toutefois, note le chercheur, "ce meurtre ne nous place pas au bord de la guerre civile parce que cette organisation ne représente plus qu'une petite marge de la population".

Le risque est surtout de radicaliser une frange de la minorité blanche, notamment parmi les agriculteurs, qui vit déjà "dans la peur permanente" des Noirs, souligne Emile Coetzee, de l'Université de Johannesburg.

Les fermiers blancs possèdent encore une large majorité des terres arables du pays seize ans après la chute de l'apartheid et vivent souvent isolés au milieu d'ouvriers noirs plus ou moins bien traités.
Les violences sont élévées dans les fermes où près de 1.250 personnes ont été tuées entre 1997 et 2007. Eugene Terre'Blanche a lui même succombé sous les coups de deux ouvriers agricoles après une querelle salariale.

"Au cours des derniers mois, les organisations du type de l'AWB ont tenté de se réorganiser autour du thème des meurtres dans les fermes", poursuit Emile Coetzee, qui se dit incapable de "prévoir ce qui va se passer".

Plus globalement, le climat est propice à une radicalisation de certains Blancs, les mêmes qui se sont émus du retour sur la scène publique d'un chant de lutte anti-apartheid appelant à "tuer les Boers" (fermiers blancs).
Cette chanson, souvent reprise par Julius Malema, le leader de la ligue de la Jeunesse du Congrès national africain (ANC, au pouvoir) qui aime à provoquer autour des thèmes raciaux, vient d'être interdite par la justice, mais l'ANC continue de la défendre.

Cette polémique a créé beaucoup d'émotion "parce que la chanson a été perçue comme un adoubement de la violence contre les Blancs", relève David Bruce du Centre pour l'étude de la violence et de la réconcilation (CSVR).

"Le terme boer n'a pas de limites précises, il décrit normalement les fermiers blancs mais peut s'appliquer aux Afrikaners (les descendants des premiers émigrés européens) ou aux Blancs en général", souligne l'analyste.
Pour lui, "la combinaison de cette chanson et du meurtre de Terre'Blanche crée un motif pour une mobilisation de l'extrême droite".

Mais, poursuit-il, cela ne se traduira pas forcément en acte parce que "les services de renseignement ont jusqu'à présent bien infiltré les mouvements radicaux".
La situation devrait rester sous contrôle à condition que le président Jacob Zuma "fasse en sorte que les minorités se sentent rassurées", estime également l'analyste indépendant Daniel Silke.

Le chef de l'Etat, qui rend régulièrement visite à la communauté blanche, a déjà appelé au calme après le meurtre de Terre'Blanche. Il doit désormais "faire en sorte que tous les Blancs se sentent à l'aise dans le pays" en disciplinant la ligue de la Jeunesse, selon M. Silke.
Pour lui, "si Zuma fait preuve de leadership, nous éviterons des représailles ou une escalade des violences."

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