Bayrou et Le Pen, "arbitres" du second tour

(afp) Le centriste François Bayrou et le chef d'extrême droite Jean-Marie Le Pen ont perdu leur pari dimanche, éliminés dès le premier tour de la présidentielle française, mais leur score les placent en position d'arbitres du deuxième tour du 6 mai.

François Bayrou (UDF) qui voulait "dynamiter" le clivage gauche-droite arrive troisième, triplant son score de 2002, avec environ 18% des voix, derrière le candidat de droite Nicolas Sarkozy (environ 30%) et la socialiste Ségolène Royal (environ 25%), selon les estimations des instituts de sondages.

Mais le grand perdant du vote est sans aucun doute Jean-Marie Le Pen (FN), qui semble avoir été victime d'un taux de participation inégalé sous la Ve République (1958).

Persuadé qu'un "tsunami électoral" le porterait au 2e tour comme en 2002 lorsqu'il avait éliminé le socialiste Lionel Jospin à la surprise générale, il est arrivé cette fois-ci quatrième avec 10 à 12% des suffrages contre plus de 16% en 2002.

"Jean-Marie Le Pen et François Bayrou sont en position d'arbitres", a assuré à l'AFP le directeur général de l'institut CSA Roland Cayrol. D'autant que, selon lui, le scrutin au deuxième tour "risque d'être très serré".

Les 7 millions de voix obtenues par Bayrou sont d'autant plus importantes pour la socialiste que, selon Roland Cayrol, Nicolas Sarkozy peut compter sur au moins 80% des voix de Jean-Marie Le Pen alors que le report Bayrou-Royal est moins évident.

Le centriste avait parié sur la volonté d'une majorité de Français, selon les sondages, d'en finir avec la bipolarisation qui a façonné le paysage politique français depuis l'avènement de la Ve république.

Plusieurs anciens ministres socialistes, dont l'ancien Premier ministre Michel Rocard et Bernard Kouchner, avaient appelé à une "alliance" avec le centre. Et si Mme Royal a rejeté la proposition, d'autres poids lourds du PS comme l'ancien ministre de l'Economie Dominique Strauss Kahn avaient donné rendez-vous après le premier tour.

Mais à droite aussi, le score de François Bayrou aiguise les convoitises en vue du 6 mai mais également des législatives de juin.

D'autant qu'il sonne l'échec, du moins dans l'immédiat, de la volonté de l'UMP créé en 2002 et présidé par Nicolas Sarkozy de rassembler toute la droite, y compris son aile centriste.

Le ministre de l'Emploi Jean-Louis Borloo, qui a rallié Nicolas Sarkozy, a estimé que la réconciliation entre l'UDF de François Bayrou et l'UMP de Nicolas Sarkozy était "évidemment possible".

Les éventuelles consignes de vote du centriste seront donc particulièrement attendues. Dimanche soir, François Bayrou s'est borné à assurer que la politique française ne serait "plus jamais comme avant", sans se prononcer.

Quant à Jean-Marie Le Pen, 78 ans, il paye selon les analystes la stratégie de Nicolas Sarkozy, qui n'avait pas fait mystère de sa volonté de capter les voix du Front National. Ce qui lui a valu de violentes diatribes du vieux leader d'extrême droite, dont c'était sans doute la cinquième et dernière campagne présidentielle.

La gauche avait dénoncé en fin de campagne un rapprochement entre l'UMP et le FN, ce qu'avait fermement démenti M. Sarkozy.

Une consigne de vote en faveur de Sarkozy "n'est pas à l'ordre du jour" pour l'instant, a dit Le Pen précisant qu'il donnerait la consigne "qu'il estime être la bonne" le 1er mai, jour de la fête de Jeanne d'Arc.

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