Blair-Juncker: duel au sommet pour la présidence du Conseil

Jean-Claude Juncker, un des deux candidats déclarés à la présidence du Conseil européen.

En plus de leurs discussions sur le changement climatique, les dirigeants européens doivent se pencher lors de leur réunion de Bruxelles sur un autre grand dossier qui les accapare depuis trop longtemps: l'entrée en vigueur du traité de Lisbonne.

Klaus paraît prêt à parapher le texte en échange d'une dérogation à la Charte des droits fondamentaux européens, comme pour la Grande-Bretagne et la Pologne. Son objectif est d'empêcher toute restitution des biens des Allemands des Sudètes confisqués en 1945 dans l'ex-Tchécoslovaquie.

La Slovaquie qui avait un temps laissé entendre qu'elle pourrait en profiter aussi a finalement décidé de ne pas revendiquer une telle dérogation. La solution imaginée par la présidence suédoise consisterait à promettre à Prague d'obtenir un «opt-out» similaire à celui dont bénéficient Londres et Varsovie sur la Charte européenne des droits fondamentaux. Cette clause prendrait la forme d'une note de bas de page, qui serait ajoutée aux prochains traités d'adhésion, sans doute ceux de la de la Croatie ou de l'Islande.

Le dernier acte restera à jouer en Tchéquie même, où la Cour constitutionnelle doit se prononcer le 3 novembre sur un recours déposé par des élus eurosceptiques contre le traité de Lisbonne. Si Klaus ne fait plus traîner les choses, le texte pourrait alors déjà entrer en vigueur le 1er décembre.

L'incertitude institutionnelle étant en passe d'être levée, les Vingt-sept devront commencer à discuter des changements entraînés par le nouveau traité. Officiellement, la question du futur président stable du Conseil européen, un nouveau poste prévu par Lisbonne, n'est pas l'ordre du jour de la rencontre. Elle risque toutefois d'animer les discussions dans les couloirs, tout comme celle du Haut représentant aux Affaires étrangères.

Blair, Juncker ou…

Pour la première fonction, le Britannique Tony Blair a fait ces derniers mois la course en tête. Proposé officiellement par le gouvernement travailliste, il aligne autant de qualités indéniables que de handicaps sérieux. Personnalité d'envergure, «avocat persuasif», comme l'a fait valoir lundi le chef de la diplomatie britannique David Miliband, l'ancien leader et inventeur du «New Labour» affiche une renommée internationale hors de portée de ses éventuels concurrents.

Mais bien qu'il ait bénéficié du support initial de la France et dans une moindre mesure de l'Allemagne, un vent de fronde s'est levé contre lui sur le continent, attisé par les pays du Benelux et l'Autriche. Ces derniers lui reprochent son soutien à la guerre en Irak et l'euroscepticisme bien ancré du Royaume-Uni, un pays qui reste à l'écart de plusieurs grandes réalisations de l'UE, comme l'euro.

De plus, dans son propre pays, Blair suscite une violente opposition de la part des conservateurs, qui pourraient revenir au pouvoir au printemps 2010.

Depuis le début de la semaine, l'ex-chef de gouvernement doit dorénavant compter sur un concurrent sérieux, en la personne du Premier ministre luxembourgeois Jean-Claude Juncker, qui a dévoilé ses intentions mardi. Mais ce dernier, président de l'eurogroupe et pro-européen aux convictions bien ancrées, suscite des réticences en France, où Nicolas Sarkozy lui reproche son manque de réaction durant la crise financière. Les positions fédéralistes de Juncker risquent par ailleurs de heurter d'autre Etats membres favorables à une Europe fonctionnant plutôt suivant un mode intergouvernemental que communautaire.

Un troisième homme aurait pu mettre tout le monde d'accord: le discret chef du gouvernement néerlandais, Jan Peter Balkenende, donné depuis des semaines comme partant. Mais il a déclaré hier ne pas être candidat.

Reste la possibilité d'un candidat surprise, ou d'une candidate. Hier, la Lettonie a ainsi annoncé qu'elle comptait proposer son ancienne chef d'Etat Vaira Vike-Freiberga pour le poste. La Lituanie voisine a déjà laissé entendre qu'elle pourrait soutenir cette candidature.

Pour le poste de Haut représentant pour les Affaires étrangères, c'est le flou qui règne. Mais un équilibre politique et probablement même «géographique» devra être trouvé par rapport aux autres hautes fonctions dans l'UE.

Ces nominations seront sans doute décidées lors d'un sommet extraordinaire les 11 et 12 novembre. Dans l'immédiat, les Vingt-sept pourraient commencer à s'accorder sur une description des contours des deux fonctions, qui restent définis de façon imprécise dans le traité. 

Olivier Gosset

Publicité
Publicité

Messages sponsorisés

Messages sponsorisés