Bombardements israéliens meurtriers au Liban, Moscou dépose un texte à l'ONU

L'aviation israélienne a violemment bombardé vendredi le Liban dont la banlieue sud chiite de Beyrouth, tandis que Moscou a déposé un projet de résolution appelant à un cessez-le-feu humanitaire de 72 heures face aux divergences persistantes à l'ONU pour arrêter le conflit.

(afp) Au 31e jour de l'offensive israélienne au Liban, les chasseurs bombardiers ont pilonné aux premières heures la banlieue sud de Beyrouth, un fief du Hezbollah libanais chiite cible de douze raids en une heure, le nord, l'est et le sud du pays, faisant au moins 11 tués civils, selon la police. Les combats se sont poursuivis entre le Hezbollah et l'armée israélienne qui progresse au Liban sud en vue d'y instaurer une zone de sécurité, destinée à éloigner de sa frontière nord les combattants chiites qui lui opposent une forte résistance et continuent de tirer des roquettes sur Israël. Après l'annonce de progrès en vue de la conclusion à l'ONU à New York d'un accord visant à mettre fin au conflit sanglant et destructeur, les tractations semblent de nouveau marquer le pas, les Etats-Unis et la France ne s'étant toujours pas entendus sur les termes d'une résolution acceptable par tous. Perdant patience devant la lenteur des tractations diplomatiques, Moscou a déposé un texte très court devant le Conseil de sécurité, dont il vise l'adoption vendredi, appelant à "une cessation immédiate et complète des hostilités pour une période de 72 heures, pour raisons humanitaires".

L'ambassadeur russe à l'ONU, Vitaly Tchourkine, se faisant le porte-voix de tous ceux, y compris le secrétaire général de l'Onu, Kofi Annan, qui conjuraient les négociateurs d'aboutir vite, a expliqué ce geste en soulignant que les Américains et les Français n'avaient "pas réussi à s'entendre". Il a indiqué ne pas souhaiter interférer dans la tentative franco-américaine de trouver une solution à plus long terme, mais a souligné que "la situation humanitaire devenait catastrophique" au Liban, où quelque 900.000 personnes ont été déplacées par les bombardements et vivent dans des conditions extrêmes. Son collègue américain, John Bolton, a déploré cette décision, affirmant que son pays et la France tentent de trouver une solution "permanente et durable". Il a fait état de "points non résolus" et précisé que les efforts reprendraient vendredi, après une réunion avec son homologue français Jean-Marc de La Sablière et une délégation de la Ligue arabe menée par son secrétaire général, Amr Moussa et avant une rencontre des cinq Grands. L'essentiel des discussions porte désormais sur la date et les modalités d'un retrait des troupes israéliennes du Liban sud et de leur remplacement par l'armée libanaise, en coordination avec la Finul (Force intérimaire de l'Onu au Liban), selon les diplomates.

La France a proposé un aménagement du projet initial, suggérant qu'il prévoie un retrait graduel des forces israéliennes et leur remplacement, également graduel, par l'armée libanaise. Selon une source proche des négociations, le Liban insiste pour que les 15.000 soldats qu'il souhaite déployer au sud après un départ de Tsahal soient épaulés par la Finul et non par une nouvelle force internationale. Il accepterait cependant l'idée d'un renforcement du mandat et des effectifs de la Finul mais rejetterait l'idée que son mandat soit régi par le Chapitre VII de la Charte de l'Onu, qui permet l'utilisation éventuelle de la force. Cependant Israël veut le déploiement d'une force internationale "disposant de vrais pouvoirs" pour empêcher que le Hezbollah ne représente de nouveau une menace pour l'Etat hébreu, et à terme le désarmement de ce mouvement. La première mouture franco-américaine a été rejetée par le Liban parce qu'elle ne prévoyait pas de retrait immédiat israélien après une trêve. Entretemps, Israël a repris ses raids aériens au Liban, bombardant aux premières lueurs du jour ponts et routes dans le sud, l'est et le nord, près de la frontière avec la Syrie. L'aviation a largué la veille des tracts sur Tripoli, chef-lieu du Liban nord, avertissant les habitants que tout camion ou fourgonnette circulant après 20H00 locales (17H00 GMT) serait pris pour cible. Le même jour, des tracts ont été largués par avion sur Beyrouth, demandant aux habitants de trois quartiers de la banlieue sud relativement épargnés, de les "évacuer immédiatement".

Dans les secteurs frontaliers au Liban sud, des colonnes de blindés ont progressé jeudi de sept kilomètres en territoire libanais et des combats acharnés ont fait rage dans la région où deux soldats israéliens ont été tués. Israël a cependant assuré n'avoir pas encore lancé la nouvelle phase de son offensive destinée à étendre ses opérations terrestres, décidée mercredi par le cabinet de sécurité. Officiellement, il s'agit, selon l'Etat hébreu, de donner une chance aux efforts diplomatiques. Un mois de guerre n'a pas permis à Israël de mettre en déroute le Hezbollah, qui continue de tirer quotidiennement des roquettes du Liban sud sur le nord d'Israël, où 38 civils ont été tués depuis le 12 juillet. 82 soldats ont péri pendant la même période. L'offensive israélienne au Liban, déclenchée par la capture par le Hezbollah de deux soldats israéliens à la frontière, a fait plus de 1.100 personnes, en majorité des civils, et a causé des destructions dévastatrices dans tout le pays. Les organisations humanitaires s'alarment des difficultés à acheminer de l'aide aux populations piégées par les combats au sud, et à circuler ailleurs dans le pays, où routes et ponts sont détruits.

(photo: belga)

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