Chirac renonce à un 3e mandat et quitte la scène politique

Le président Jacques Chirac, 74 ans, a annoncé dimanche soir aux Français qu'il ne briguerait par un troisième mandat, tournant la page de plus de 40 ans de vie politique, dont douze à la tête du pays.

(afp) "Au terme du mandat que vous m'avez confié, le moment sera venu pour moi de vous servir autrement. Je ne solliciterai pas vos suffrages pour un nouveau mandat", a-t-il dit dans un discours télévisé solennel, où il a demandé aux Français de "ne jamais composer avec l'extrémisme" ou "le rejet de l'autre".

"Tout dans l'âme de la France dit non à l'extrémisme", a-t-il déclaré dans un texte empreint d'émotion, prononcé depuis le palais de l'Elysée.

Il a assuré aimer son pays "passionnément" et a dit aux Français être "fier du travail accompli ensemble", "fier d'avoir restauré avec vous des valeurs républicaines essentielles, comme le principe de laïcité".

M. Chirac a indiqué qu'il s'exprimerait plus tard sur ses "choix personnels" pour l'élection présidentielle d'avril-mai, ne faisant ainsi aucune référence au candidat de droite Nicolas Sarkozy, qui a longtemps été son rival mais dont la candidature s'est imposée dans son camp. L'annonce de son retrait était largement attendue d'autant que, selon les enquêtes d'opinion, plus des trois quarts des Français ne souhaitaient pas qu'il se représente. Son mandat s'achèvera le 16 mai à minuit.

Sa décision intervient alors que la course présidentielle semble plus ouverte que jamais entre trois prétendants: Nicolas Sarkozy, la socialiste Ségolène Royal, et le centriste François Bayrou qui réussit une percée inattendue dans les sondages.

Ces trois candidats, tous quinquagénaires, incarnent une relève après les "années Chirac", qui ont alterné succès, échecs et traversées du désert.

Né en 1932, M. Chirac était entré au gouvernement comme secrétaire d'Etat à 35 ans, sous le général de Gaulle.

Deux fois Premier ministre, maire de Paris pendant 18 ans, il fut battu lors des présidentielles de 1981 et 1988.

Il avait été élu pour la première fois à la présidence en 1995, succédant au socialiste François Mitterrand. Il avait été réélu, en 2002, avec 82% des suffrages, face au chef de l'extrême droite Jean-Marie Le Pen.

Jacques Chirac aura surtout marqué ses concitoyens par sa capacité à conquérir le pouvoir et à rebondir dans l'adversité. Il restera aussi comme celui qui a su dire "non" aux Etats-Unis lors de la guerre en Irak en 2003, une décision très largement approuvée par les Français. Les Français ont apprécié chez Jacques Chirac son abord chaleureux et son énergie, toutefois entamée en 2005 par un accident vasculaire cérébral. Son goût pour la tête de veau et la bière, son attachement au monde paysan lui ont forgé une image largement sympathique.

Mais ses détracteurs ont souvent dénoncé son côté versatile: il fut tour à tour partisan d'un travaillisme à la française dans les années 1970, du libéralisme à la Ronald Reagan, avant d'empoigner en 1995 le thème de la lutte contre la "fracture sociale", sans tenir la plupart de ses promesses.

Tous reconnaissent toutefois à ce "fauve politique" quelques convictions fortes comme son rejet de l'extrême droite ou sa lutte contre l'antisémitisme.

Jacques Chirac a aussi cherché à assumer les pages sombres de l'Histoire du pays. Rompant avec ses prédécesseurs, il a notamment reconnu la responsabilité de l'Etat français dans la déportation des Juifs durant la Seconde guerre mondiale et instauré une journée de commémoration de l'abolition de l'esclavage.

L'homme Chirac -qui se faisait parfois passer pour un "analphabète" mais s'est passionné pour l'Asie, les arts premiers et le dialogue entre les civilisations- restera par bien des côtés une énigme pour ses contemporains.

On prête désormais au chef de l'Etat la volonté de créer une fondation pour l'environnement ou la solidarité avec les pays pauvres.

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