Dissolution ou Premier ministre pro-russe: l'Ukraine au pied du mur

Le président pro-occidental Viktor Iouchtchenko est confronté mercredi à un choix difficile, entre dissolution du Parlement et nomination d'un Premier ministre pro-russe, après quatre mois de crise politique.

(afp) Le délai imposé au chef de l'Etat pour désigner un candidat au poste de Premier ministre arrivant à son terme mercredi, le suspens était maximal dans la capitale ukrainienne et soigneusement entretenu par la présidence, qui ne donnait aucune information à la mi-journée.

En attendant, plus de 1.500 Ukrainiens ont manifesté dans la matinée à Kiev, les uns pour, les autres contre la nomination d'un Premier ministre pro-russe.

Les législatives du 26 mars n'ayant donné de majorité absolue à aucune force politique, d'âpres négociations durent depuis plus de quatre mois entre les partis représentés au Parlement pour former un gouvernement.

Après l'échec des pro-occidentaux à s'unir, les pro-russes (Parti des régions, socialistes et communistes) ont constitué une alliance regroupant quelque 240 députés sur un total de 450 et demandé au président de désigner leur candidat au poste de Premier ministre.

Il s'agit de Viktor Ianoukovitch, numéro un du Parti des régions, dont la "victoire" annoncée à la présidentielle 2004 puis annulée pour fraudes massives, avait déclenché une vague de manifestations sans précédent en Ukraine, baptisée Révolution orange et qui a assuré l'élection de M. Iouchtchenko.

Prenant sa revanche, le Parti des régions a enregistré le meilleur score aux législatives, en obtenant 186 sièges au Parlement sur un total de 450.

Cette formation promettait de "restaurer" de bonnes relations avec la Russie, en froid avec Kiev depuis la Révolution pro-occidentale, et se déclarait opposée à l'adhésion de l'Ukraine à l'Otan, projet crucial pour M. Iouchtchenko.

Sans surprise, ce dernier hésite aujourd'hui à désigner son ex-rival à la tête du gouvernement, d'autant plus que les pouvoirs du Premier ministre ont été renforcés cette année par une réforme constitutionnelle.

Le chef de l'Etat mène dans ce contexte de difficiles négociations avec les pro-russes afin que l'orientation pro-occidentale de l'Ukraine soit maintenue même si M. Ianoukovitch finit par être nommé à la tête du gouvernement.

Mardi, M. Iouchtchenko a ainsi eu un entretien de plus de neuf heures avec M. Ianoukovitch jusque tard dans la nuit de mercredi. Mais les négociations butent notamment sur l'adhésion à l'Otan.

M. Iouchtchenko "a insisté sur l'importance de trouver un compromis", tout en prévenant que le droit de dissoudre l'Assemblée demeurait son "dernier argument", selon la présidence.

Haussant le ton, M. Iouchtchenko a même annoncé mardi avoir entamé des "consultations" sur une éventuelle dissolution.

Si l'allié présidentielle du temps de la Révolution orange, Ioulia Timochenko, appelle à cette dissolution, estimant qu'une alliance avec des "communo-oligarques" pro-russes serait une "trahison des intérêts nationaux", ces derniers semblent ne pas prendre cette menace très au sérieux.

"Ce n'est qu'une sorte de chantage", a déclaré à l'AFP un responsable du Parti des régions, dont la formation a cependant menacé d'engager une procédure de destitution du président en cas de dissolution.

Outre le choix entre dissolution et désignation immédiate du Premier ministre, le président a encore une solution, "repousser l'une et l'autre sous un prétexte quelconque", estimait mercredi le quotidien Komsomolskaïa Pravda, sans cependant expliquer le mécanisme légal d'une telle manoeuvre.

(photo: belga)

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