Divergence franco-américaine sur prise en compte de position libanaise

La France et les Etats-Unis divergeaient mercredi sur les moyens de prendre en compte le point de vue libanais dans leur projet de résolution sur le Liban, alors que le président français Jacques Chirac a averti qu'en cas de blocage, Paris pourrait faire cavalier seul et déposer son propre texte.

(belga) Une nouvelle séance de discussions dans la matinée entre leurs ambassadeurs à l'Onu, Jean-Marc de La Sablière et John Bolton, n'a pas permis de trouver un accord sur une nouvelle mouture de ce texte qui doit appeler à une cessation immédiate des hostilités, après près d'un mois de conflit.

Les deux délégations affirmaient cependant qu'elles continuaient de travailler ensemble pour produire une résolution susceptible d'emporter l'adhésion indispensable des acteurs sur le terrain, après le rejet de leur premier texte par le gouvernement libanais et les pays arabes.

'Nous allons aussi vite que possible, je vais de réunion en réunion', a déclaré M. Bolton à la presse, alors qu'on ne s'attend plus à l'adoption d'un texte avant vendredi au plus tôt.

De source proche des négociations, on a indiqué que le désaccord porte essentiellement sur les conséquences à tirer de la décision du gouvernement libanais de déployer 15.000 soldats au Liban sud dès la cessation des hostilités, décision qui a reçu mercredi le soutien de la Russie.

Le gouvernement français, qui a qualifié cette décision d''initiative majeure', souhaite que le texte en tire 'des conséquences concrètes', ce qui n'est pas le cas des Etats-Unis, a précisé cette source.

'Nous pensons qu'il y a une solution en vue, nous travaillons dur pour y parvenir', a déclaré mercredi matin Sean McCormack, le porte-parole du département d'Etat.

Beyrouth a annoncé sa décision dans le but de soutenir sa demande d'un retrait des troupes israéliennes du sol libanais dès la fin des hostilités. La version initiale du projet de résolution franco-américain n'exige pas ce retrait israélien derrière la Ligne bleue, ce qui explique son rejet par le Liban et les pays arabes.

La France semble ainsi beaucoup plus encline à satisfaire cette exigence libanaise que les Etats-Unis.

'Il est certain que la décision libanaise de déployer 15.000 soldats est significative', a dit pour sa part M. Bolton. 'Je pense que nous allons en tenir compte dans la résolution mais la question stratégique reste la même (...): tout le monde veut que ce soit l'occasion de transformer la situation dans la région'.

'Fondamentalement, nous ne voulons pas que le Hezbollah se réinfiltre dans le sud du Liban, donc la question est toujours de savoir comment avoir un dispositif de sécurité efficace dans le sud du Liban au moment où les forces israéliennes se retireront', a-t-il expliqué.

En réponse à une question, M. Bolton a affirmé que ses relations de travail avec les Français n'était pas affectée par les difficultés actuelles. 'Nous avons une excellente relation', a-t-il dit, ajoutant que les deux délégations travaillaient 'très dur' pour surmonter 'les désaccords et les incertitudes'.

Le cabinet de sécurité israélien a décidé mercredi d'un élargissement de l'offensive terrestre contre le Hezbollah au Liban et un de ses ministres a affirmé que l'opération israélienne devrait durer encore 'plus de trente jours'.

Dans ce contexte, le président français Jacques Chirac a fait pression sur Washington, en assurant que renoncer à un 'cessez-le-feu immédiat' serait 'immoral' et en prévenant que la France pourrait déposer sa propre résolution.

'Je ne veux pas imaginer qu'il n'y ait pas de solution, car cela voudrait dire, ce qui serait la plus immorale des solutions, que l'on accepte la situation actuelle et que l'on renonce au cessez-le-feu immédiat. Je ne veux pas l'imaginer de la part des Américains, ni d'autres', a-t-il dit.

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