Eltsine, libérateur vénéré mais honni pour ses réformes

(afp) Boris Eltsine, premier président de la nouvelle Russie, décédé lundi à l'âge de 76 ans, avait une réputation controversée dans son pays, où certains le glorifient pour les libertés offertes aux Russes et d'autres le maudissent pour le chaos et la paupérisation causés par ses réformes.

"Il nous a donné la liberté", "Boris Premier. Nous vivons toujours dans l'époque Eltsine", titraient les quotidiens Vremia Novosteï et Nezavissimaïa Gazeta (NG) le jour de son 75e anniversaire, le 1er février 2006, fêté en grande pompe au Kremlin.

Père du "capitalisme sauvage" en Russie, Eltsine est "le seul retraité en Russie dont l'anniversaire est fêté au Kremlin, mais dont le nom est synonyme de la paupérisation de millions de retraités", soulignait alors NG.

Né le 1er février 1931 dans une famille paysanne d'un petit village de l'Oural, cet ingénieur en construction commence sa carrière politique à l'âge de 37 ans au sein du PC.

En 1981, il est nommé au Comité central du Parti communiste soviétique (PCUS). Remarqué par le nouveau secrétaire général du PCUS, Mikhaïl Gorbatchev, il devient en 1985 premier secrétaire du PC de Moscou. Mais les relations entre les deux hommes se dégradent, ce qui lui vaut un évincement du Politburo en 1987.

Deux ans plus tard, il se fait élire député de Moscou au Congrès soviétique où il prend la tête du mouvement démocratique face à Mikhaïl Gorbatchev.

Sa popularité grimpe lorsque, président du Parlement de Russie, il claque la porte du PCUS lors de son dernier Congrès, en 1990. En juin 1991, il remporte la présidentielle avec 57,38% des voix.

Sa gloire atteint son apogée deux mois plus tard lors du putsch raté d'août 1991, où il apparaît comme le sauveur de la démocratie.

Mais l'assaut contre le parlement conservateur à l'automne 93, puis la répression brutale de l'indépendantisme tchétchène ternissent l'image du président, dont les capacités à diriger sont en outre régulièrement mises en doute, en raison d'un penchant pour l'alcool et de fréquents ennuis de santé.

Il réussit à se faire réélire en juillet 1996 à la tête du pays, face au rival communiste, mais subit peu après un quintuple pontage coronarien.

La crise financière de l'été 1998 sonne la fin de sa popularité, et le 31 décembre 1999, Boris Eltsine démissionne avant la fin de son mandat.

Il vivait depuis avec sa femme Naïna dans la datcha située dans le quartier chic de Barvikha, à l'ouest de Moscou, où il recevait souvent des invités étrangers de haut rang, anciens collègues, ou des stars de tennis russes, son loisir préféré.

Le président Vladimir Poutine, qu'Eltsine avait désigné comme son successeur en 1999, lui a publiquement rendu hommage en février lors de sa grande conférence de presse annuelle, le créditant d'un "énorme mérite historique", celui d'avoir "offert la liberté" aux Russes.

Mais les Russes sont plutôt sceptiques sur son rôle historique: seuls 9% expriment de la sympathie à son égard tandis qu'un Russe sur trois se dit indifférent envers Boris Eltsine.

Une majorité de Russes (55%) éprouvent des sentiments négatifs envers celui qui a signé la fin de l'URSS fin 1991.

"Seule la mort mettra Eltsine à sa place historique", a estimé le sociologue Alexeï Levinson.

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