France: trois hommes, une femme, six possibilités

Paris (l'écho) Sauf à imaginer une erreur magistrale de prévisions de la part des sondeurs, le premier tour de la présidentielle française se jouera entre quatre candidats: François Bayrou, Jean-Marie Le Pen, Ségolène Royal et Nicolas Sarkozy. Ils totalisent ensemble près de 85 % des intentions de vote. Au vu des derniers sondages, le second tour devrait classiquement voir s'affronter Nicolas Sarkozy et Ségolène Royal. Toutefois, depuis le traumatisme de 2002, plus personne ne se risque à affirmer qu'aucune autre éventualité n'est concevable. Revue de détails des configurations possibles.

_ Sarkozy-Royal. C'est ce que promettent les sondages depuis le début de la campagne. Mais la précédente présidentielle a appris aux Français qu'il ne fallait pas se fier aux études d'opinion. Dans ce cas de figure somme toute classique, la candidate socialiste devra s'efforcer de ramener dans son giron les électeurs de gauche séduits par Bayrou au premier tour. La fameuse alliance entre le centre et la gauche, prêchée par Michel Rocard ou Bernard Kouchner, pourrait alors prendre forme. À quel prix?

L'exigence en matière budgétaire, pierre angulaire de la campagne du candidat centriste, ainsi que la libéralisation du marché du travail devraient être au coeur de négociations. Nicolas Sarkozy tentera lui aussi de convaincre François Bayrou de le rejoindre. Les transactions auront alors pour objet les élections législatives des 10 et 17 juin prochain. L'UDF pourrait voir croître son nombre de députés, si l'UMP évite de présenter des candidats dans les circonscriptions acquises à la droite. Cette union de la droite conduirait par ailleurs Nicolas Sarkozy à se recentrer, en abandonnant les nombreuses propositions musclées (un ministère de l'Immigration et de l'Identité nationale) qui ont émaillé sa campagne.

_ Sarkozy-Bayrou. C'est le voeu le plus cher du Béarnais, le pari qu'il a pris au premier jour de sa campagne. François Bayrou détiendrait alors de très grandes chances de l'emporter sur Sarkozy, grâce aux voix de la gauche. Après cette victoire, il devrait nommer à Matignon le "Delors jeune" qu'il cherche depuis des mois. Sur ce profil, Dominique Strauss- Kahn, rival malheureux de Ségolène Royal lors de la primaire socialiste, tiendrait la corde, tout comme le directeur général de l'OMC, Pascal Lamy. Avant le premier tour, tous deux ont décliné l'offre du centriste.

_Sarkozy-Le Pen. Le cauchemar de la gauche: une réédition de 2002. Cette affiche de second tour marquerait la mort du Parti socialiste et la fin de la carrière politique de François Hollande, premier secrétaire qui n'a jamais entraîné sa formation politique dans une introspection pour expliquer l'échec de Lionel Jospin. Pour Nicolas Sarkozy, la victoire serait acquise. Mais il commencerait son mandat sous de bien mauvais auspices. La gauche ne manquerait en effet pas de souligner que la campagne très droitière du candidat UMP ne pouvait qu'inciter au vote lepéniste.

_ Bayrou-Royal. Un cas de figure qui sera difficile à gérer pour le candidat centriste. Après avoir mené une campagne très violente à l'égard de Nicolas Sarkozy, il devrait se renier pour convaincre les électeurs de celui-ci. Un grand écart dont Ségolène Royal pourrait alors profiter sur le thème de "Bayrou reste un homme de droite".

_ Royal-Le Pen. L'idée réjouit secrètement tous les électeurs de gauche, contraints de voter pour Jacques Chirac en 2002. Le "peuple de droite" ferait-il alors preuve de la même abnégation? On ne le saura sans doute jamais, l'absence de Nicolas Sarkozy au second tour étant fortement improbable. Si elle advenait contre toute attente, elle signerait l'échec de l'action de l'ancien ministre de l'Intérieur.

_ Le Pen-Bayrou. C'est le cas de figure le plus invraisemblable, qui signifierait un effondrement conjoint des candidats des deux partis majoritaires en France. Il permettrait néanmoins à François Bayrou de mettre en oeuvre, sans difficulté et avec l'onction du peuple français, son programme d'union nationale. Les meilleurs de la gauche et les meilleurs de la droite pourraient alors sans complexe former le gouvernement du président Bayrou. _

Sylvie Fagnart, à Paris

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