GB : le chant du cygne du mode de scrutin électoral ?

Le mode de scrutin uninominal majoritaire à un tour pourrait être la première victime des législatives britanniques après avoir ouvert la voie à une crise institutionnelle, aucun des grands partis n'obtenant la majorité absolue qui lui permettrait de gouverner seul.

(afp) - Les conservateurs de David Cameron ont remporté le plus grand nombre de sièges, mais sans atteindre la barre fatidique des 326 députés, qui leur aurait permis d'entrer sans attendre à Downing Street.

Les travaillistes du Premier ministre Gordon Brown, arrivés en deuxième position, ont manifesté leur intention de chercher à se maintenir au pouvoir, en concluant un accord de coalition avec les libéraux-démocrates, troisièmes.

Cette situation, connue sous le nom de "parlement suspendu" (hung parliament), ouvre une période d'incertitude institutionnelle, marquée par des tractations entre les partis pour former un gouvernement stable.

Dès la publication jeudi soir des premières tendances, les travaillistes ont proclamé la mort du mode de scrutin.

"Il faut une réforme électorale parce que clairement le scrutin uninominal majoritaire à un tour vit ses derniers jours", a déclaré Peter Mandelson, le ministre du Commerce et numéro deux du gouvernement.

Les travaillistes cherchent à s'attirer les bonnes grâces des Lib Dems, dont le chef Nick Clegg avait suggéré pendant la campagne qu'une réforme du scrutin était indissociable de tout accord de coalition. Il a ensuite tempéré ces propos en disant qu'elle n'était pas une "condition préalable".

Dans le système du "First-Past-the-Post" (FPTP), scrutin uninominal majoritaire à un tour, le candidat gagnant est celui qui a le plus de voix, même s'il n'en a que peu dans l'absolu.

Il favorise donc les grands partis au détriment des petits, les électeurs souhaitant voter "utile" dès l'unique premier tour.

Ce mode de scrutin a pour avantage de favoriser le plus souvent la création de majorités stables, mais le défaut d'entraîner la sous-représentation des petits partis.

En 2005, le Labour avait remporté 35,2% des voix, mais obtenu 55,1% des sièges à la chambre des Communes. Les libéraux-démocrates avaient obtenu 23% des suffrages exprimés, mais enlevé seulement 10% des sièges.

Pour l'emporter dans ce système, il est plus important de concentrer ses voix dans certaines circonscriptions que de les voir s'étaler uniformément sur tout le pays. A ce petit jeu, le Labour est le grand gagnant, sa distribution des voix étant la plus efficace.

Le Labour a beau clamer être déterminé à réformer le scrutin, il n'a jamais mis en oeuvre au cours de ses 13 années au pouvoir le référendum qu'il avait promis sur le sujet. "C'est une promesse majeure non tenue", remarque Rick Muir, chercheur à l'Institute for public policy research (IPPR).

Comme réforme, le Labour propose d'introduire le vote alternatif (ou vote préférentiel), un système électoral par classement utilisé en Australie, dans lequel les voix des moins bons candidats sont redistribuées.

Mais selon John Curtice, professeur de sciences politiques à l'université de Strathclyde, ce système serait aussi "inefficace" que le FPTP pour refléter le rapport de forces, car il jouerait fortement en défaveur des Tories.

Les Lib Dems privilégient le scrutin à vote unique transférable (ou système de Hare), qui vise à assurer la représentation proportionnelle tout en limitant l'influence des partis, car il permet aux électeurs de choisir des candidats autres que ceux placés en tête de liste.

Les Tories rejettent une réforme du scrutin, prônant juste un redécoupage des circonscriptions, afin d'en harmoniser le nombre d'électeurs. Mais dans la perspective d'une coalition avec les Lib Dems, David Cameron a promis vendredi d'entamer une réflexion sur le mode de scrutin.

Publicité
Publicité
Publicité

Messages sponsorisés

Messages sponsorisés