Icesave: Reykjavik contraint de vite renégocier avec Londres et La Haye

©REUTERS

Sans grand suspens, le plan Icesave a été rejeté par la population islandaise qui craint d'être endetée sur des années. La conséquence du "non" serait de retarder le versement de prêts provenant du FMI et des pays nordiques.

(afp, Reuters) - Les Islandais ont rejeté à plus de 93% par référendum l'impopulaire accord financier Icesave, le non l'emportant avec 93,2% des suffrages, contre seulement 1,8% pour le oui, selon les résultats définitifs. Le texte soumis à la consultation est un accord organisant le remboursement d'ici à 2024 par Reykjavik de 3,9 milliards d'euros avancés par Londres et La Haye pour indemniser leurs citoyens lésés par la faillite de la banque sur Internet islandaise Icesave en octobre 2008.

Ses opposants soulignaient qu'il est injuste de faire peser une facture aussi lourde -près de 100 euros par habitant et par mois pendant huit ans- sur les épaules d'un pays ruiné par l'effondrement de ses banques.

Selon les analystes, la principale conséquence d'un "non" serait de retarder le versement de prêts provenant du FMI et des pays nordiques. Mais il pourrait aussi affaiblir un gouvernement déjà critiqué pour consacrer trop de temps à Icesave ou même entraver la candidature de l'Islande à l'UE.

"Le référendum passé, il est de notre devoir de trouver une issue aux négociations", a déclaré la chef du gouvernement de coalition de gauche, Johanna Sigurdardottir, après le verdict sans appel du scrutin de samedi.
Reykjavik a assuré qu'il allait "continuer dans les prochains jours ses efforts déterminés pour trouver une solution satisfaisante" avec Londres et La Haye.
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Ce résultat "est un message tellement fort que le gouvernement ne peut pas rester sur les mêmes bases de négociation" entamées avec les gouvernements britannique et néerlandais, estime Olafur Isleifsson, professeur d'écononomie à l'Université de Reykjavik.

La perspective d'un non, jugé difficilement évitable dès la convocation du référendum début janvier, a poussé Reykjavik à tenter ces dernières semaines --jusque-là en vain-- de trouver un nouvel accord avec Britanniques et Néerlandais.
Au cours des négociations, les Islandais ont paradoxalement reçu une offre améliorée mais ils l'ont déclinée sous la pression des partis d'opposition.
Le ministre britannique des Finances, Alistair Darling, s'est déclaré dimanche prêt "à être flexible" dans les négociations. La Haye a dit rester "impliqué dans la recherche d'une solution", tout en se disant "déçu" que l'accord Icesave ne soit pas encore entré en vigueur.
A Bruxelles, la Commission européenne a assuré que les négociations d'adhésion de l'Islande et le règlement de l'affaire Icesave étaient "deux processus séparés".
Mais désormais le temps presse, souligne Olafur Stethenssen, rédacteur en chef du quotidien islandais "Frettabladid".
"Il faut garder à l'esprit que le temps, c'est de l'argent. Les retards peuvent coûter très cher à l'Islande et il va falloir (un accord) dans les semaines qui viennent", dit-il.
Le président islandais Olafur Grimsson, instigateur du référendum, a appelé dimanche le Premier ministre britannique Gordon Brown à "l'initiative" pour sortir de l'impasse, tandis que le ministre des Finances Steingrimur Sigfusson a souligné la nécessité de régler le dossier Icesave avant les élections britanniques et néerlandaises prévues en mai et juin.
Après avoir immédiatement reconnu sa défaite, le gouvernement islandais s'est efforcé de minimiser la signification du scrutin en soulignant que le oui n'était plus une alternative crédible du fait des nouvelles négociations.
"Il est assez surprenant de constater le nombre de personnes qui ont en réalité voté oui", a ironisé M. Sigfusson, qui s'est abstenu de voter, tout comme la Première ministre Johanna Sigurdardottir.
Le ministre des Finances, qui apparaît le plus exposé aux conséquences politiques du non, a assuré dimanche qu'il ne démissionnerait pas mais dit y avoir songé au moment du veto présidentiel en janvier.
"Je suis convaincu que ce gouvernement est le meilleur que peut avoir l'Islande", a-t-il lancé aux journalistes.
"Le gouvernement ne tient qu'à un fil", estime néanmoins Eirikur Bergmann Einarsson, professeur de sciences politiques à l'université de Bifrost.

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