Israël décide d'étendre ses opérations au Liban

Le cabinet de sécurité israélien a décidé mercredi d'élargir son offensive terrestre au Liban sud pour tenter de neutraliser la menace du Hezbollah, sur fond de violents combats et de divergences accrues dans les efforts diplomatiques en vue d'une trêve.

(afp) Au Liban, les accrochages ont continué de faire rage dans le sud entre les combattants du Hezbollah et l'armée israélienne qui a perdu onze hommes selon deux télévisions arabes Al-Jazira et Al-Arabiya. L'armée a pour sa part fait état d'une quinzaine de soldats "touchés" sans autre précision.

Entretemps l'aviation israélienne a poursuivi ses raids au Liban, visant routes et ponts et tuant au moins 9 personnes dont un cadre du Hezbollah et six membres de sa famille ainsi que deux Palestiniens dans le principal camps de réfugiés palestiniens dans le sud du pays, selon la police.

Malgré 29 jours de campagne militaire féroce contre le Hezbollah, ses combattants ont continué à défier Israël, tirant une centaine de roquettes dont certaines de longue portée sur le nord du pays mais sans faire de victimes. Des sources palestiniennes ont fait état de la chute de certains projectiles dans l'extrême nord de la Cisjordanie.

Après six heures de réunion, le cabinet dirigé par le Premier ministre Ehud Olmert a "approuvé les plans du ministère de la Défense et du chef d'état-major en vue de l'extension des opérations au Liban", a déclaré le vice-Premier ministre et ministre du Commerce Eli Yichaï qui a participé aux discussions.

Cette réunion a été qualifiée par les médias de "la plus difficile" jamais tenue par cette instance depuis le début du conflit entre Israël et le Hezbollah le 12 juillet, déclenché par la capture par le parti chiite libanais de deux soldats israéliens.

Selon M. Yichaï, le Premier ministre Ehud Olmert et le ministre de la Défense Amir Peretz "doivent maintenant décider du moment opportun pour étendre les opérations". Il n'a pas mentionné jusqu'à quelle profondeur les opérations seront menées à l'intérieur du Liban, mais l'état-major et M. Peretz ont proposé de les étendre jusqu'au fleuve Litani et même au delà.

Le fleuve Litani coule d'est en ouest à une distance de 5 à 30 km de la frontière avec Israël selon son cours.

L'offensive devrait durer encore "plus de 30 jours", a estimé M. Yichaï.

Environ 10.000 soldats opèrent déjà au Liban pour stopper ou du moins réduire de façon draconienne les tirs de roquettes par le Hezbollah sur le nord d'Israël, où 36 civils ont été tués alors que 65 militaires ont péri depuis le début du conflit.

De source gouvernementale, on avait indiqué que M. Olmert hésitait à donner son feu vert car une extension de l'opération risque d'entraîner une forte augmentation des pertes militaires et des complications internationales.

Près d'un mois après le déclenchement de l'offensive israélienne qui a coûté la vie à près de 1.100 personnes au Liban, en majorité des civils, les efforts au Conseil de sécurité en vue de la rédaction d'un projet de résolution retouché sur un cessez-le-feu semblaient marquer le pas.

Le président français Jacques Chirac a mis en garde contre une renonciation "à un cessez-le-feu immédiat", et a fait état d'une "réserve américaine" sur les demandes à l'Onu du Liban qui a rejeté la mouture initiale américano-française et réclame que le texte exige un retrait des troupes israéliennes du Liban sud immédiatement après la cessation des hostilités.

Pour appuyer sa demande, le gouvernement libanais a annoncé qu'il déploierait 15.000 hommes dans le sud du Liban pour reprendre le contrôle de ce fief du Hezbollah, dès le retrait israélien.

Mais cette annonce a été accueillie avec prudence par Israël qui souhaite lui se retirer du Liban sud seulement après le déploiement d'une force internationale.

Signe de l'impatience croissante à l'égard de l'armée israélienne, incapable de freiner les tirs du Hezbollah qui oppose également une forte résistance à ses soldats sur le terrain, Udi Adam, qui était chargé des opérations au Liban, a été désavoué et remplacé par le chef d'état-major adjoint Moshé Kaplinsky.

Entretemps à Beyrouth, le Premier ministre Fouad Siniora a affirmé qu'il n'y avait "pas de progrès jusqu'à présent" dans la rédaction d'une nouvelle mouture, après avoir reçu à Beyrouth l'émissaire américain David Welch, à l'occasion de sa deuxième visite au Liban en quatre jours.

Le chef de la diplomatie allemande Frank-Walter Steinmeier se trouvait pour sa part à Jérusalem après une visite à Beyrouth.

Il a rencontré le ministre de la Défense Amir Peretz qui a une nouvelle fois accusé l'Iran d'armer le Hezbollah et mis en doute l'effacité d'un éventuel déploiement de l'armée libanaise au Liban sud.

La décision du cabinet de sécurité israélien risque de peser lourd sur les discussions en cours à l'Onu sur des modifications du projet, alors que l'ambassadeur de France à l'Onu Jean-Marc de La Sablière a espéré un vote "bientôt (...), certainement cette semaine".

Toute résolution doit appeler à "un cessez-le-feu immédiat et complet et à un retrait des forces israéliennes derrière la ligne bleue" marquant la frontière entre les deux pays, a plaidé la délégation arabe mardi à l'Onu à New York.

Et ces tirs ont poussé Israël à continuer l'évacuation de Kyriat Chmona, près de la frontière avec le Liban. C'est la première fois depuis le première guerre israélo-arabe de 1948 que la population d'une localité entière -15.000 personnes sur 24.000 sont déjà parties- est évacuée.

photo belga

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