L'ex-rebelle Bemba, de la vice-présidence de RDC au mandat d'arrêt

L'ex-rebelle et ex-vice-président de République démocratique du Congo, Jean-Pierre Bemba, est passé vendredi du statut de flamboyant adversaire malheureux de Joseph Kabila à la présidentielle de 2006 à celui de paria, sous le coup d'un mandat d'arrêt pour "haute trahison".Ce colosse de 1,90 m, âgé de 44 ans, est parti s'abriter à l'ambassade d'Afrique du Sud jeudi, alors que sa garde rapprochée affrontait l'armée régulière dans les rues de la capitale.Après sa défaite au second tour de la présidentielle d'octobre, et après des violences post-électorales meurtrières en août et en novembre, il s'était engagé à conduire une "opposition forte et républicaine".

Elu sénateur en janvier, il a refusé de voir ses soldats, pour la plupart natifs de sa région d'Equateur (nord-ouest), regagner les rangs de l'armée régulière, estimant que les 12 policiers affectés à la protection par décret étaient totalement insuffisants.Vendredi matin, alors que Kinshasa entamait son deuxième jour sous les obus de mortier, la justice congolaise a lancé contre lui un mandat d'arrêt pour "pillages" et "entretien de milice", un crime de "haute trahison" selon la Constitution.L'enfant chéri de Kinshasa, où il a obtenu 70% des suffrages contre Kabila en promettant de "rendre sa souveraineté au Congo", est en passe de prendre "le chemin de l'exil", estimait un diplomate dans la capitale.Né le 4 novembre 1962 à Bogada, dans la région forestière de l'Equateur, Bemba est le fils d'un richissime homme d'affaires proche du dictateur zaïrois Mobutu Sese Seko.Après ses études en Belgique, il dirige les entreprises familiales. Touche à tout, il se lance à son compte dans la téléphonie mobile, le fret aérien, crée deux chaînes de télévision.

Mais le "Mobutu miniature", tel que le surnomme la rue kinoise, quitte brusquement la capitale en 1997 après l'arrivée au pouvoir de Laurent-Désiré Kabila, père de l'actuel président.Il dirige pendant la dernière guerre en RDC (1998-2003) une rébellion soutenue par l'Ouganda, le Mouvement de libération du Congo (MLC), créé pour renverser le régime de Kabila père. Il garde une grande fierté des ses "années de brousse" en Equateur, où le MLC régnait en maître.

A la fin de la guerre, ce personnage controversé, réputé autoritaire et audacieux, obtient un des quatre postes de vice-président au sein du gouvernement de transition de RDC, en charge de la Commission économique et financière.En 2006, il apparaît dès le début de la campagne électorale comme l'adservaire le plus sérieux de Joseph Kabila, arrivé au pouvoir en 2001 à la mort de son père. Il obtient 20% des suffrages au premier tour, contre 44,8 pour Kabila.Après une campagne de second tour émaillée de violences et où ses partisans entretiennent un discours de haine contre les étrangers, il est battu par le sortant avec un score très honorable de près de 42%.

Cet homme réputé pour ses coups de sang dénonce un hold-up électoral avant de s'engager à respecter "les voies légales" de contestation, puis d'accepter la défaite.Désormais poursuivi sur son propre sol, Jean-Pierre Bemba est par ailleurs personnellement visé par une plainte pour "crimes de guerre" en Centrafrique entre octobre 2002 et mars 2003, déposée devant la Cour pénale internationale par la Fédération internationale des ligues des droits de l'Homme.

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