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L'opposition fait tomber le gouvernement du Kirghizstan

Près de 20 personnes ont trouvé la mort lors d'affrontements violents entre manifestants anti-gouvernementaux et forces de l'ordre à Bichkek, la capitale kirghize. De source gouvernementale, le ministre de l'Intérieur a été tué. Accusée d'être impliquée dans les troubles, la Russie nie toute intervention de sa part et appelle au calme.

(AFP) - Les dirigeants de l'opposition au Kirghizstan ont annoncé mercredi la chute du gouvernement après de violents affrontements entre police et opposants qui ont fait des dizaines de morts et provoqué la fuite du président de ce pays d'Asie centrale, Kourmanbek Bakiev.

M. Bakiev, dont l'opposition réclamait le départ, a quitté dans la soirée la capitale Bichkek pour une destination inconnue, selon un responsable aéroportuaire.

Son Premier ministre, Daniar Oussenov, a lui "remis une lettre de démission", après des négociations avec l'un des chefs de l'opposition, Temir Sariev, a annoncé ce dernier à la radio kirghize Azattyk.

Dans la foulée, l'opposition a formé son "propre gouvernement", avec à sa tête l'ex-ministre des Affaires étrangères, Rosa Otounbaïeva, a ajouté M. Sariev.

Le pouvoir est tombé après que des centaines de manifestants ont pris d'assaut le Parlement et le siège de la présidence à Bichkek, lors d'affrontements qui ont fait au moins 47 morts et 400 blessés, selon un responsable du ministère de la Santé, qui redoutait que ce bilan ne s'alourdisse.

"Près de 100 personnes ont été tuées dans les troubles"
dans le pays, a de son côté déclaré l'un des leaders de l'opposition, Omourbek Tekebaïev, dans une adresse à la nation diffusée par la télévision publique, saisie par les manifestants.

Le siège du parquet général a été incendié, a constaté un journaliste de l'AFP.

Les premiers incidents avaient éclaté lorsque la police a tenté en vain de disperser les manifestants rassemblés près du siège de l'opposition.
A la suite de violents affrontements, les autorités avaient décrété l'état d'urgence et imposé un "couvre-feu". La situation a ensuite dégénéré lorsque les forces de sécurité ont ouvert le feu et utilisé des gaz lacrymogènes et grenades assourdissantes contre les manifestants.

Le président Bakiev accusé de népotisme

Le président Bakiev avait pris le pouvoir il y a cinq ans à l'issue d'une révolution émaillée de violences en promettant de démocratiser le Kirghizstan. Depuis, la plupart de ses compagnons de route ont rejoint l'opposition, accusant le chef de l'Etat de dérive autoritaire et de népotisme.

De fait, trois chefs de l'opposition kirghize, dont l'ex-candidat à la présidentielle, Almazbek Atambaïev, ont été interpellés et inculpés de crimes "graves", a annoncé ce mercredi le procureur en chef du Kirghizstan Nourlan Toursounkoulov.

Bakiev a "quitté l'aéroport Manas vers 20HOO locales" (14HOO GMT) à bord d'un avion dans lequel "sont montées cinq personnes au maximum", selon un responsable aéroportuaire qui ignorait la destination de l'appareil.

A Bichkek, la maison de M. Bakiev a été pillée et incendiée par des inconnus qui en sont ressortis avec de gros sacs en plastique remplis de vêtements, de draps et de vaisselle, selon un correspondant de l'agence Interfax sur place.
Et l'incertitude régnait sur le sort du ministre de l'Intérieur, Moldomoussa Kongantiev. Une source au ministère, des médias indépendants et des ONG assuraient qu'il avait été tué à Talas (nord-ouest) lors de heurts, mais un porte-parole du ministère a démenti.

Un pays stratégique pour Washington et Moscou

Ex-république soviétique d'Asie centrale théâtre de luttes d'influence entre Moscou et Washington, le Kirghizstan est actuellement le seul pays au monde à héberger à la fois une base militaire américaine et une base militaire russe. Bakiev avait ordonné en février 2009 la fermeture de la base américaine de Manas, au moment où la Russie accordait à Bichkek un crédit de deux milliards de dollars. Il a finalement changé d'avis en juin, en échange d'un triplement du loyer de la base américaine. Le président kirghiz s'est par la suite montré réticent quant à l'octroi à Moscou d'une deuxième base militaire à Och, dans le sud du Kirghizstan.

La Russie appelle au calme

La Russie, accusée par certains d'être impliquée dans les troubles, a appelé hier le gouvernement kirghiz à ne pas recourir à la force contre les manifestants. "Nous sommes pour le règlement de toutes les divergences - politiques, économiques et sociales - dans le cadre des procédures démocratiques existantes au Kirghizstan sans recours à la force et sans porter préjudice aux citoyens kirghiz", a déclaré le vice-ministre russe des Affaires étrangères Grigori Karassine à l'agence Interfax.

Karassine a par ailleurs rejeté les accusations d'implication de la Russie dans les événements au Kirghizstan. "Il y a des tentatives de lier d'une manière artificielle la situation au Kirghizstan à la politique de la Russie en Asie centrale", a-t-il dit. "Ces informations montées de toutes pièces n'ont pas de fondement", a-t-il poursuivi. Dans la matinée, le Premier ministre kirghiz, Daniar Oussenov, avait affirmé que l'un des opposants kirghiz interpellés, Temir Sariev, "venait d'arriver de Moscou où il aurait rencontré (le Premier ministre russe Vladimir) Poutine".

De son côté, le Premier ministre russe, Vladimir Poutine, a assuré que la Russie n'avait "aucun lien" avec les violents affrontements entre des opposants et la police au Kirghizstan.

Pour sa part, la chef de la diplomatie de l'UE, Catherine Ashton, s'est déclarée très inquiète de la situation et a appelé le gouvernement et l'opposition kirghizes à la "retenue" et au dialogue.

Le secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-moon, a lancé un nouvel appel "pressant au dialogue et au calme, afin d'éviter de nouvelles effusions" de sang.

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