La Commission européenne veut durcir le contrôle des budgets nationaux

L'exécutif européen souhaite examiner les budgets nationaux avant même qu'ils ne soient présentés aux parlements des Etats membres. Tout le monde n'est pas d'accord...

(AFP) - Devant la gravité de la crise, la Commission de Bruxelles a proposé mercredi de renforcer dès 2011 le contrôle des projets de budgets des pays européens en les soumettant à l'avenir à un examen au niveau européen avant qu'ils ne soient présentés aux Parlements nationaux.

Cette proposition visant à garantir la réduction des déficits revêt un caractère hautement controversé et la Suède a d'ores et déjà fait savoir qu'elle était opposée au contrôle budgétaire de Bruxelles. La France s'est pour sa part montrée réservée.

La Commission européenne a par ailleurs suggéré à l'avenir de "conditionner" les subventions de l'Union européenne au respect par les pays membres d'une saine discipline budgétaire, a indiqué son président, José Manuel Barroso.

Dans une série de propositions pour renforcer la gouvernance économique des pays européens, la Commission a déclaré vouloir "renforcer" le Pacte de stabilité européen qui encadre la surveillance des déficits. Les 16 pays de la zone euro s'y sont déjà engagés sur le principe.

Pour cela, l'exécutif européen propose surtout que les projets de budgets nationaux, ou leurs grandes lignes, lui soient soumis dès le printemps. Ils seraient ensuite examinés par les ministres des Finances européens qui donneraient leur avis avant d'être soumis aux Parlements dans les Etats.

La Commission s'est aussi prononcée en faveur de la création d'un mécanisme permanent de "gestion de crise", alors qu'un dispositif de ce type, mais seulement temporaire, vient d'être mis sur pied pour venir au secours de la zone euro.

Plus tôt, le président de la Banque centrale européenne (BCE) avait donné le ton en insistant sur la nécessité de renforcer la surveillance des politiques budgétaires des Etats.

Pour Jean-Claude Trichet, "ce qui est en cause, c'est la politique menée par les différents gouvernements au sein de la zone euro". C'est pourquoi, il est "capital" de "renforcer la surveillance des politiques menées par les uns et les autres sur le plan budgétaire", a-t-il souligné.

Le directeur général du FMI Dominique Strauss-Kahn avait de son côté appelé les pays européens à renforcer leur coordination budgétaire, suggérant la possibilité d'effectuer des transferts budgétaires entre Etats.

Les propositions de la Commission européenne sont intervenues quelques jours après l'annonce d'un plan massif et sans précédent de 750 milliards d'euros des pays de l'Union pour mettre fin à la crise de confiance qui menace l'existence même de la zone euro en liaison avec l'état de quasi-faillite de la Grèce.

Plusieurs pays européens ont décidé de prendre de sévères mesures de rigueur pour réduire leurs déficits et, en Espagne, le chef du gouvernement socialiste José Luis Rodriguez Zapatero a annoncé mercredi une cure d'austérité incluant une baisse de 5% des salaires des fonctionnaires et le gel de la revalorisation des retraites en 2011, sauf les plus basses.

Ces nouvelles mesures ont une "incidence sociale évidente", a reconnu M. Zapatero, alors que le paysage social espagnol est déjà sinistré par un taux de chômage supérieur à 20%.

La Commission européenne a été prudente dans sa réaction aux nouvelles mesures espagnoles, estimant qu'elles allaient "dans la bonne direction".

Des chiffres de croissance ont confirmé mercredi que la reprise économique restait très lente sur le Vieux continent et qu'elle n'aiderait certainement pas les gouvernements à réduire rapidement leurs déficits.

Au premier trimestre, la zone euro a enregistré un maigre 0,2%, après un quatrième trimestre 2009 au point mort, selon une première estimation de l'office européen des statistiques Eurostat.

Les marchés se montraient attentistes après la publication des chiffres sur la croissance en Europe, à l'exception de la Bourse de Francfort encouragée par une progression inattendue du PIB en Allemagne au premier trimestre.

Dans le même temps, l'or, valeur refuge, atteignait des sommets historiques, à plus de 1.245 dollars l'once.

En Grèce, où le PIB a enregistré une baisse de 0,8% au premier trimestre par rapport au précédent, les deux grandes centrales syndicales ont appelé à une manifestation mercredi soir à Athènes et à une nouvelle grève générale le 20 mai, contre les mesures d'austérité imposées dans un climat de violence par le gouvernement en contrepartie de l'aide internationale.

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