La crise grecque contraint la zone euro à se transformer

Les dirigeants européens discutent ce midi à Bruxelles de la situation budgétaire délicate de certains pays membres, et surtout la Grèce. Les régles qui régissent l'Union monétaire sont dépassées.

Paris (AFP) La crise grecque contraint les pays de la zone euro à combler les lacunes des origines de leur Union monétaire, en créant un mécanisme de solidarité financière et en remettant sur le métier l'idée d'un gouvernement économique.

 

Et le changement est spectaculaire. Lorsque le lancement de l'euro fut négocié, les Allemands et d'autres pays attachés à la discipline budgétaire, refusèrent d'autoriser dans les traités des mécanismes d'entraide financière entre pays. Berlin refusait à l'époque de devoir payer les fins de mois difficiles des Etats du Sud considérés comme trop laxistes et qualifiés avec mépris de "pays du Club Med". L'euro a donc été lancé en 1999 avec une règle d'airain: chacun est seul responsable de ses comptes. Un paradoxe puisqu'un pays membre de l'Union européenne, mais ne faisant pas partie de la zone euro, peut bénéficier de prêts européens en cas de difficultés financières --ce fut le cas de la Hongrie ou de la Lettonie récemment-- mais pas un Etat utilisant la monnaie unique.


La crise budgétaire de la Grèce et les attaques spéculatives des marchés contre la zone euro ont changé la donne. Conscient des dangers de contagion, Berlin est désormais à la manoeuvre pour sauver Athènes de la faillite."L'attaque contre la Grèce est une attaque politique contre la zone euro, c'est clair. C'est une façon de chercher à tester sa capacité à se défendre", estime Antonio Missiroli.


Plusieurs dirigeants socialistes européens, dont les Premiers ministres grec et espagnols, ont aussi demandé un saut qualitatif de la zone euro lors d'une réunion à Bruxelles mercredi soir. Il faut "faire en sorte que la zone euro ait les moyens internes d'éviter le risque de défaut" d'un pays membre, ont-ils dit dans un communiqué.


La crise grecque sert aussi d'aiguillon pour faire avancer le vieux projet de "gouvernement économique" en Europe. ors de la conception de l'euro, nombre d'experts s'étaient étonnés qu'on prenne le risque de lancer une monnaie commune à plusieurs pays sans s'assurer qu'ils mènent les mêmes politiques. Seul le pacte de stabilité européen fut mis en place pour surveiller les déficits. L'Allemagne reste méfiante: elle soupçonne Paris de vouloir par ce biais influer sur les décisions de taux d'intérêt de la Banque centrale européenne.


Les choses bougent toutefois. Dans l'immédiat et au niveau de l'ensemble de l'UE, le nouveau président du Conseil européen, Herman Van Rompuy, propose une plus grande coordination des choix économiques à moyen terme, avec des investissements dans les nouvelles technologies, des primes financières du budget de l'UE aux bons élèves et une surveillance accrue des résultats.
"On va pouvoir aller dans cette direction" du gouvernement économique "sans le déclarer ouvertement", résume Antonio Missiroli.

 

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