La croissance en zone euro trop lente pour réduire les déficits

La zone euro a progressé de 0,2% au premier trimestre. C'est à peine mieux que les prévisions (0,1%) mais surtout insuffisant pour résorber des déficits abyssaux.

(AFP) - La zone euro a encore enregistré une croissance molle au premier trimestre, signe que la reprise reste très lente et n'aidera pas les gouvernements à réduire rapidement leurs énormes déficits gonflés par la crise.

Selon une première estimation publiée mercredi de l'office européen des statistiques Eurostat, le Produit intérieur brut (PIB) a progressé de 0,2% au premier trimestre.

C'est un peu mieux que prévu par les économistes qui tablaient en moyenne sur 0,1%, malgré l'hiver rigoureux qui a plombé le secteur de la construction.

Mais cela montre que "l'Europe a du mal à redémarrer depuis sa sortie de récession au troisième trimestre" 2009, souligne Howard Archer, économiste chez IHS Global Insight.

La zone euro vient de subir sa pire récession depuis plus de soixante ans. Elle s'est officiellement terminée au troisième trimestre avec une croissance de 0,4% mais celle-ci est retombée au point mort dès le trimestre suivant.

Les chiffres pour le premier trimestre publiés mercredi par une série de pays de la zone ne sont dans l'ensemble pas brillants.

La croissance s'est limitée à 0,2% en Allemagne et aux Pays-Bas, à 0,1% en France et en Espagne, l'économie autrichienne a stagné.

Seuls l'Italie et le Portugal se distinguent avec des hausses du PIB de respectivement 0,5% et 1%.

Les économistes s'accordent à dire que la croissance devrait s'accélérer nettement au deuxième trimestre dans la zone euro, tirée par la locomotive industrielle allemande et ses livres de commandes bien remplis, mais que l'embellie risque d'être courte.

"L'actuelle crise de la dette en zone euro plane comme une épée de Damoclès au-dessus de la conjoncture", avertit Christian Lips, économiste de la banque NordLB.

La Grèce, qui croule sous les dettes, a eu besoin de l'aide de ses partenaires de la zone euro et du Fonds monétaire international pour résister à une grave crise de conscience sur les marchés.

Et la crise budgétaire grecque est devenue une crise de l'ensemble de la zone euro car elle a mis en lumière les risques posés par l'énorme endettement de la plupart des pays.

Pour s'en sortir, tous ont promis le week-end dernier de réduire plus rigoureusement leurs déficits.

Après la Grèce, le Portugal et l'Espagne, considérés comme deux autres maillons faibles de la zone euro, l'Allemagne et la France ont annoncé de premières mesures.

Gel des salaires ou des dépenses publiques, suppression de primes, hausses d'impôt ou abandon des réductions promises... L'austérité est nécessaire pour redresser les finances publiques, mais ajoutée à un chômage toujours élevé, elle risque de peser sur la consommation des ménages.

"L'impact de la rigueur budgétaire est encore à venir. Avec les gouvernements de toute la région forcés de serrer leur ceinture, la reprise ne va pas mettre longtemps à faiblir et une nouvelle récession menace dans la périphérie", prévient Jennifer McKeown, économiste de Capital Economics.

La Grèce a déjà vu son PIB reculer de 0,8% au premier trimestre. Et l'Espagne risque aussi de repasser dans le rouge dans les prochains trimestres, selon les prévisions du gouvernement qui table sur une contraction de l'économie de 0,3% cette année.

Le gouverneur de la Banque de France, Christian Noyer, est l'un des rares à se montrer rassurant. Il affirme que les mesures d'assainissement budgétaire vont "ramener la confiance", et "plus de confiance, c'est une consommation plus normale, un investissement plus normal et cela facilite la croissance".

Moins optimiste, Howard Archer estime que la zone euro va devoir "espérer avec ferveur que la croissance et le commerce mondial repartent davantage dans les prochains mois".

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