La flambée du pétrole s'invite au sommet du G8

L'envolée spectaculaire des prix du pétrole, nocive pour la croissance mondiale, risque de compliquer le sommet du G8 en attisant une polémique entre la Russie et l'Occident sur les approvisionnements en hydrocarbures dans le monde.

(afp) Dans le sillage de l'offensive israélienne au Liban, le prix du baril de brut s'est apprécié de quatre dollars environ en seulement 48 heures, franchissant pour la première fois le seuil des 78 dollars à New York comme à Londres, avant de redescendre légèrement en-dessous. Une ampleur rarissime dans un laps de temps aussi court.

Les craintes d'embrasement au Proche-Orient alourdissent sur les marchés un climat déjà chargé par le conflit autour des ambitions nucléaires de Téhéran, qui vient d'être renvoyé devant le Conseil de sécurité de l'ONU.

Dans ce contexte, le gouvernement allemand espère du sommet du G8, qui se tient à partir de samedi à Saint-Pétersbourg, un signal envers les marchés, ont indiqué vendredi des sources gouvernementales à Berlin.

"Il est effectivement envisageable" que le sommet ait valeur de signal, et conduise à une détente du prix du pétrole "par exemple si la Russie est reconnue comme partenaire fiable" dans le domaine de l'énergie et si le sommet parvient à définir "une bonne base pour la sécurité d'approvisionnement", a dit l'une de ces sources.

La nouvelle poussée de fièvre pose deux problèmes aux chefs d'Etat et de gouvernement du G8.

En premier lieu, elle assombrit brutalement l'horizon conjoncturel mondial alors que le club des grandes puissances s'attendait à passer sur ce front un sommet plutôt tranquille: le directeur général du Fonds monétaire international (FMI), Rodrigo Rato, vient tout juste de revoir en hausse les prévisions de croissance mondiale à 5% pour cette année et la suivante.

Autre souci pour la Russie, puissance invitante du G8: l'envolée des prix est de nature à attiser les tensions sur les questions énergétiques avec les pays occidentaux consommateurs, européens notamment, lors du sommet.

Le débat autour de la "sécurité énergétique", dont Vladimir Poutine veut faire la priorité du sommet, se résume pour l'heure à un échange de récriminations.

Depuis que Moscou a coupé en début d'année le robinet du gaz à l'Ukraine à la suite d'un confit sur les tarifs, les Occidentaux soupçonnent la Russie d'utiliser la flambée des cours et ses énormes ressources énergétiques (elle est assise sur les premières réserves gazières au monde) comme arme de pression.

"L'énergie ne doit pas être un instrument politique", a rappelé cette semaine le président français Jacques Chirac dans une tribune de presse en vue du G8.

"Certains ont accusé la Russie de faire du chantage sur l'énergie. C'est absurde", a répliqué vendredi M. Poutine.

Concrètement, les Européens, qui importent un quart de leur gaz et 18% de leur pétrole de Russie, demandent à Moscou de relâcher son emprise en ouvrant son monopole sur le transport de gaz à la concurrence et en facilitant les investissements étrangers dans son secteur énergétique.

La Russie demande en contrepartie aux Européens davantage de garantie d'achats à long terme. Elle veut aussi que son champion national Gazprom puisse prendre pied sur les marchés gaziers du Vieux continent pour pouvoir y vendre directement ses produits. "Si le processus de libéralisation en Europe de poursuit, nous voulons y participer", a rappelé jeudi le vice-président de Gazprom, Alexandre Medvedev, dans une interview au quotidien français Le Figaro.

photo: belga

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