La présidentielle de trop pour Le Pen, grand perdant du scrutin

"J'ai dû faire une erreur d'appréciation en croyant que les Français étaient mécontents . Ils sont très contents puisqu'ils viennent de réélire les gens qui ont mené la France au désastre", ironisait-il dimanche soir.

(afp) Le leader d'extrême droite Jean-Marie Le Pen est le grand perdant de la présidentielle française et n'a pas caché son amertume à l'issue du premier tour, qui restera sans doute l'un de ses derniers combats électoraux vu ses 78 ans, même s'il s'en défend encore."C'était sûrement le round de trop" pour le chef du Front national (FN), patron de l'extrême droite depuis 35 ans, élu pour la première fois député en 1956 et qui disputait là sa cinquième présidentielle, commentait le quotidien Le Figaro (droite).Dimanche, Jean-Marie Le Pen a fini dernier du carré de tête avec 10,44% des voix, derrière les qualifiés de droite et de gauche Nicolas Sarkozy et Ségolène Royal, et largement devancé par le centriste François Bayrou (18,57%).

Un score sans rapport avec les 16,86% récoltés en 2002, au cours d'une campagne dominée par les enjeux sécuritaires, et qui, à la stupeur générale, l'avaient propulsé en finale face à Jacques Chirac.Depuis 2002, M. Le Pen tentait d'adoucir son discours pour séduire plus largement et cesser d'effrayer, en vue du grand soir de 2007, mais il a finalement perdu un million de voix.

Malgré l'usure liée à son âge, cet ancien officier parachutiste en Indochine et en Algérie, croyait pouvoir rééditer le "séisme" de 2002 et prédisait même un "tsunami électoral".

Son équipe a tenté de relativiser le camouflet, d'une force inattendue, en estimant que le FN avait "gagné la bataille des idées, celle de l'immigration et du patriotisme".

Et en criant au plagiat: "nos idées ont tellement bien marché qu'elles ont permis à Sarkozy de faire 30%", a jugé la directrice stratégique de la campagne de M. Le Pen, sa fille Marine, selon qui Sarkozy a ainsi "siphonné" l'électorat d'extrême droite.De fait, Le Pen a été victime d'un vote "utile" motivé par le souvenir du choc de 2002, d'un taux de participation inégalé depuis la naissance de Ve République en 1958, mais "surtout du discours de Sarkozy", juge Nonna Mayer, politologue spécialiste de l'extrême droite.Le candidat de l'UMP a ainsi récupéré 25 à 30% des voix d'extrême droite en prônant la fermeté sur l'immigration, la sécurité et la délinquance et en vantant l'"identité nationale".Dans les bastions du FN de Provence-Côte d'Azur (sud-est), Languedoc-Roussillon (sud) ou Alsace (est), M. Le Pen a rétrogradé de la première à la 4e place (et de 20-25% à moins de 14% des voix).

Dans ces régions, M. Sarkozy arrive premier avec 36-37%.Pressentant la poussée sarkozyste, Le Pen était allé jusqu'à attaquer son rival sur ses origines ("un candidat issu de l'immigration", M. Sarkozy étant d'origine hongroise), voire sur sa vie de couple. En vain.Amer, Le Pen pourrait désormais refuser de soutenir Sarkozy au second tour, même si 60 à 80% de ses électeurs seraient prêts à apporter leur voix au candidat de droite. Il doit donner sa consigne de vote le 1er mai.Les électeurs du FN "ne se vendront à personne", a prévenu sa fille, pressentie pour reprendre un jour le parti, qu'elle a contribué à "dédiaboliser", au départ de son père, soigné d'un cancer de la prostate en 2002 et opéré de la hanche en 2005.

M. Le Pen, qui avait naguère dit ne pas "connaître le mot retraite", a en tout cas éludé cette question au soir de sa défaite. Interrogé pour savoir s'il avait fait sa dernière campagne, il a seulement répondu: "non, je n'en sais rien".

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