Les Français élisent leur nouveau président

Ségolène Royal ou Nicolas Sarkozy à l'Elysée? Les Français tranchent ce week-end. La campagne a révélé deux caractères très différents. Bilan de leurs forces et faiblesses respectives.

De notre correspondante à Paris.

(l'écho) -«Cette élection, je commence à ne pas trop mal la sentir», confiait, en février dernier, déjà, Nicolas Sarkozy. Cette certitude d'être le gagnant est assurément l'un de ses points faibles.

Déjà en 1995, lorsqu'il soutenait Balladur contre Chirac, l'actuel candidat de l'UMP faisait preuve de la même imprudence, racontant dans le tout-Paris que son mentor pouvait l'emporter directement au premier tour… dont les résultats classèrent finalement l'ancien Premier ministre en troisième position…

Ce mauvais souvenir n'a pourtant pas empêché Nicolas Sarkozy de savourer un premier moment de gloire le 22 avril dernier. Fort de ses 31% du premier tour, il s'est offert une tournée dans Paris, qui rappelait furieusement le triomphe de Jacques Chirac en 1995. Heureusement pour lui, cette propension à vendre la peau de l'ours ne semble pas effaroucher les Français. Il en est autrement de son caractère.

Dur mais professionnel...

Certes on aime, dans l'Hexagone, les hommes forts. Mais le côté surexcité du personnage, piquant régulièrement de noires colères, n'hésitant pas à réclamer la tête de journalistes coupables de crimes de lèse-majesté, n'en finit pas d'inquiéter une partie de la population française. Dans les banlieues populaires, les mots durs (racaille, Kärcher) de l'ex-ministre de l'Intérieur ont laissé des traces. Et certains mettent en garde contre une possible explosion de ces quartiers en cas de victoire de la droite dimanche prochain. Nicolas Sarkozy, qui n'aura finalement pas mis les pieds en banlieue parisienne au cours de la campagne, pourra-t-il dès lors se targuer d'être le président de «tous les Français»?

En revanche, son professionnalisme rassure. Cette élection, il la prépare soigneusement depuis dix ans. Il a potassé ses dossiers et rodé ses propositions. Même si ces dernières ne font pas l'unanimité, elles ont le mérite de la clarté. Le débat de mercredi dernier l'a encore souligné: Sarkozy parvient, lui, à exposer son programme et n'en a jamais dévié, à la différence de sa rivale de gauche.

Autre point fort indéniable de la campagne de Nicolas Sarkozy: il est parvenu, au premier tour déjà, à rassembler sur son nom des ouvriers et des grands patrons, des communistes déçus et une importante partie de l'électorat de Le Pen. En maniant sans complexe des idées qui font mouche (la valorisation de l'identité française ou la dénonciation de mai 1968), le candidat a décomplexé la droite et a séduit une population dégoûtée de la politique.

Brouillonné

En face, le portrait de Ségolène Royal se dessine en négatif de celui de son concurrent. Elle n'a jamais fait preuve d'arrogance. N'apparaît pas comme dangereuse pour les institutions, comme il en est fait le procès à Sarkozy. Si sa personnalité n'inquiète pas, son programme (et sa façon de l'expliquer) ne rassure toutefois pas. Ségolène Royal est brouillonne, alambiquée. Mauvaise oratrice (son phrasé désespère les caciques du parti socialiste et, en particulier, son compagnon, François Hollande, qui porte le verbe haut et met beaucoup d'énergie dans ses discours), elle s'empêtre souvent à la télévision dans des démonstrations sans fin. Une exception: à Villepinte, où elle paraissait comme transportée. Voilà pour les points faibles. Son point fort: elle révolutionne proprement la façon de faire de la politique. Médiatiquement, cela l'a sans doute desservie, les débats participatifs n'étant pas très télégéniques. Mais, sur le fond, quelle que soit dimanche l'issue du scrutin, elle aura marqué les esprits. Même si les Français choisissent Nicolas Sarkozy, ils refuseront sans doute désormais de laisser la chose publique aux mains des professionnels de la politique.

Autre victoire de Royal, même si elle échoue: le parti socialiste ne pourra plus s'en tenir à ses vieilles lunes doctrinaires. Les quinze jours qui séparaient les deux tours n'auront pas suffi à voir émerger une vraie force sociale-démocrate mais la liberté de ton de Ségolène a séduit les Français. Le PS, s'il ne veut pas se faire coiffer au poteau par le nouveau parti de François Bayrou, devra entamer sa mue. r

Sylvie Fagnart, à Paris

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