Les projets de déploiement de troupes au Liban sud s'accélèrent

Les projets de déploiement de troupes au Liban sud se sont accélérés mercredi afin de consolider la trêve, tandis que de nombreux Libanais, parmi le million de personnes déplacées par le conflit dévastateur entre le Hezbollah et Israël, continuaient de rentrer chez elles.

(afp) L'armée libanaise prévoit de commencer à se déployer "dans les tout prochains jours" jusqu'à la frontière israélienne, a affirmé à l'AFP un haut responsable de l'armée. Cette dernière n'exerce plus son autorité au sud du fleuve Litani, zone sous contrôle du Hezbollah, depuis 1968. L'Onu, pour sa part, souhaite qu'une avant-garde de plus de 3.000 hommes soit déployée sur le terrain au Liban dans 15 jours maximum. "Nous espérons voir le déploiement de 3.000 à 3.500 soldats d'ici dix jours à deux semaines", a expliqué Hedi Annabi, secrétaire général adjoint de l'Onu pour les opérations de maintien de la paix.

"Ce serait idéal pour aider à consolider la cessation des hostilités et amorcer le processus de retrait (israélien) et de déploiement des forces libanaises, prévu par la résolution" 1701 du Conseil de sécurité, a-t-il ajouté. Le chef de la diplomatie française Philippe Douste-Blazy doit rencontrer mercredi à Beyrouth le Premier ministre libanais Fouad Siniora et d'autres responsables politiques pour tenter d'obtenir des assurances, en particulier sur le désarmement du Hezbollah, avant un renforcement de la Force des Nations unies au Liban (Finul), également prévu par la résolution 1701.

Son homologue turc Abdullah Gül est également attendu à Beyrouth pour évoquer le processus de paix et une éventuelle contribution de la Turquie à la force internationale, selon son ministère. Les planificateurs de l'Onu espèrent que la France pourra offrir rapidement "une contribution significative qui constituerait la colonne vertébrale" de la Finul renforcée", a déclaré un haut fonctionnaire de l'Onu. L'Allemagne, elle, va faire jeudi des propositions concrètes à l'Onu en vue d'un engagement militaire, a déclaré le ministre allemand de la Défense Franz Josef Jung, sans autre précision.

Selon le quotidien Der Tagesspiegel, la marine allemande pourrait être mobilisée pour contrôler les voies maritimes le long de la côte du Liban et d'Israël. De son côté, la ministre israélienne des Affaires étrangères Tzipi Livni doit rencontrer mercredi le secrétaire général de l'Onu Kofi Annan à New York pour évoquer la mise en oeuvre de la résolution. La cessation des hostilités, prévue par la résolution 1701, est globalement respectée depuis son entrée en vigueur lundi matin. Seul incident, l'armée israélienne a dit avoir tué "en situation de légitime défense" au moins trois combattants du Hezbollah. Après 34 jours d'une guerre qui a dévasté le Liban, semble toutefois fragile, le parti chiite ayant proclamé lundi son refus d'un désarmement immédiat et l'Etat hébreu sa volonté de poursuivre les miliciens "en tout lieu et tout temps". En attendant, encouragé par la trêve, un flot continu de voitures a acheminé des milliers de Libanais vers les villes et villages qu'ils avaient désertés.

Les routes ont été engorgées par de nombreux bouchons, entre Beyrouth et le sud. Les tracts de l'armée israélienne appelant, pour des raisons de sécurité, les Libanais à ne pas regagner les villages du sud ont semé le trouble parmi les personnes s'apprêtant à rentrer mais n'ont pas semblé freiner les velléités de retour. "Je ne veux pas que mon épouse le voie", a indiqué Nimr Saïd, cachant un tract israélien dans sa poche. "Elle va avoir peur et me demander de repartir", a dit ce Libanais rencontré à Tyr.

Dans une interview au quotidien russe Kommersant, le coordinateur des affaires humanitaires de l'Onu, Jan Egeland, a estimé que la situation humanitaire au Liban était "proche de la catastrophe" et affirmé qu'Israël "aurait mieux fait de réfléchir" avant de bombarder des civils. L'aide humanitaire afflue désormais mais elle est ralentie par les flots de réfugiés retournant chez eux et le maintien d'un blocus naval israélien, selon des agences de l'Onu. Le Programme alimentaire mondial (PAM) a renouvelé son appel à une aide alimentaire d'urgence pour un demi-million de personnes déplacées par la guerre, estimant qu'il lui fallait mobiliser immédiatement 21 millions de dollars.

Engagé dans une course de vitesse avec le Hezbollah pour venir en aide aux populations civiles, M. Siniora a demandé à ses services de commencer "incessamment à verser des aides financières aux familles des victimes de l'agression israélienne". L'armée israélienne poursuivait le retrait de certaines de ses troupes du Liban, selon un porte-parole militaire.

Le chef d'état-major israélien Dan Haloutz a estimé que le transfert du terrain contrôlé par Tsahal à l'armée libanaise prendrait d'"une semaine à dix jours". Quelque 30.000 soldats, dont plusieurs unités de réservistes, étaient déployés depuis le week-end dans des positions dans le sud du Liban jusqu'au fleuve Litani, qui longe la frontière à une distance variant entre 5 à 30 kilomètres. Le président américain George W. Bush a commenté la trêve lundi soir en dénonçant le Hezbollah mais aussi ses parrains l'Iran et la Syrie, les rendant responsables d'une guerre qui fait partie d'un "combat plus vaste dans toute la région entre la liberté et le terrorisme". Un important religieux conservateur iranien a répliqué que Tel-Aviv serait la "cible des missiles iraniens" si les Etats-Unis et Israël attaquaient l'Iran.

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