Les voeux de l'UE pour l'Ukraine: la stabilité!

Entre deux maux, choisir le moindre? ©AFP

Aucun des deux candidats en lice pour l'élection présidentielle de ce dimanche en Ukraine ne rassure vraiment la diplomatie européenne. Mais l'enjeu du gaz est énorme. Se tournerait-elle plutôt vers l'Est ou la Chine?

(AFP) - L'Union européenne espère, sans illusion, que le prochain président ukrainien, quel qu'il soit, apportera plus de stabilité à ce pays qui aspire à rejoindre l'UE. Il s'est toutefois montré incapable jusqu'à présent de mener les réformes nécessaires et de contrôler sa dette.
Les deux candidats en lice dimanche pour succéder à Viktor Iouchtchenko, le Premier ministre Ioulia Timochenko et son rival pro-russe Viktor Ianoukovitch, ont tous les deux promis de rester sur la voie d'une adhésion à l'UE.


"Je vais tout faire pour que l'Ukraine devienne membre de l'UE pendant ma présidence", a assuré Mme Timochenko. Le mandat présidentiel étant de cinq ans il n'y a aucune chance que cette promesse soit honorée, tant les oppositions sont fortes au sein de l'UE.
Tout en évoquant lui aussi l'objectif d'une adhésion, M. Ianoukovitch a également suggéré que l'Ukraine adhère à l'Union douanière réunissant la Russie, le Belarus et le Kazakhstan. Mais cette promesse est incompatible avec l'accord de libre-échange approfondi, en cours de négociation entre Kiev et Bruxelles.


Les candidats promettent tout et son contraire, déplore un expert européen. "Je suis vraiment désolée pour les Ukrainiens confrontés à ce choix nul", résume Amanda Paul, une spécialiste de l'Ukraine au European Policy Centre (EPC). "L'UE espère que l'élection présidentielle permettra à l'Ukraine de devenir un pays plus stable", ajoute-t-elle. Mais personne n'est prêt à parier là-dessus.
Des élections locales sont prévues en 2010, voire des législatives anticipées si le président élu dimanche ne dispose pas d'une majorité parlementaire claire.


"On risque d'avoir une autre année en campagne électorale où rien ne va bouger réellement", regrette Susanne Nies, responsable du bureau de l’Institut Français des Relations Internationales (Ifri) à Bruxelles. "Quel que soit le vainqueur de l'élection présidentielle, il est évident que les relations entre l'UE et l'Ukraine doivent être revues", souhaite Andrew Wilson, un expert du European Council on Foreign Relations (ECFR).


Les Européens sont fatigués par l'instabilité politique chronique qui règne en Ukraine, les promesses de réformes qui s'enlisent et l'explosion de la dette. Ils plaident pour une meilleure gouvernance et la fin d'une "logique clanique" illustrée notamment par l'opacité qui entoure les comptes de la société ukrainienne des hydrocarbures Naftogaz.


Pourtant, les enjeux sont énormes. 80% du gaz russe acheté par les Européens, soit un quart du gaz consommé dans l'UE, transite par l'Ukraine. Que le robinet ferme et l'Europe grelotte. Si certains pays de l'Union, au premier rang desquels la Pologne et les pays baltes, soutiennent avec force l'adhésion de l'Ukraine à l'UE et, par la même occasion, à l'Otan, d'autres se montrent plus réservés.
"Certains pays européens pensent qu'il serait plus naturel que l'Ukraine soit plus intégrée avec la Russie" qu'avec l'UE, souligne Mme Nies.
La lutte d'influence entre Russie et UE pourrait au bout du compte profiter à la Chine. "Dans un proche futur, la véritable nouveauté pourrait provenir d’une arrivée en force de la Chine dans le jeu local", note Florent Parmentier, du Centre d’études européennes de Sciences Po à Paris.


"Si l’UE offre peu d’argent frais moyennant un certain nombre de conditions, la Chine offre davantage et ne demande que la non-reconnaissance de Taïwan. Elle n’est regardante ni sur les droits de l’homme, ni sur les normes environnementales ou sociales, ni sur la bonne gouvernance", ajoute-t-il.

 

 

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