Londres joue la carte de l'isolement diplomatique de l'Iran

Londres tente d'isoler l'Iran et de rallier la communauté internationale à sa cause après la capture de 15 marins britanniques, car elle dispose d'une marge de manoeuvre limitée pour résoudre une crise qui s'est envenimée, estiment des experts.Alors que ses marins s'apprêtent à entrer vendredi dans leur deuxième semaine de détention, la Grande-Bretagne a décidé de mettre publiquement en accusation l'Iran. Car "la diplomatie initiale n'a pas produit les résultats escomptés", explique Robert Lowe, de l'institut de réflexion londonien Chatham House.

(afp) Le Premier ministre Tony Blair a souhaité mercredi "augmenter la pression internationale et diplomatique" sur Téhéran. Londres a publié des documents prouvant, à ses yeux, que ses hommes avaient été capturés dans les eaux territoriales irakiennes, avant d'annoncer la suspension des liens bilatéraux avec l'Iran.Outrée par la diffusion mercredi d'images de ses marins en captivité, Londres compte sur une implication plus importante de ses partenaires.

Elle a déjà reçu le soutien du président américain George W. Bush et du diplomate en chef de l'Union européenne Javier Solana."Les prochains jours seront (consacrés) à augmenter le sentiment d'un isolement diplomatique de l'Iran", a déclaré une source gouvernementale au Guardian.

Les tractations ont commencé jeudi, avec une rencontre entre le secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-moon, et le chef de la diplomatie iranienne, Manouchehr Mottaki.La Grande-Bretagne a aussi demandé l'adoption par le Conseil de sécurité des Nations Unies - qu'elle doit présider à compter de la semaine prochaine - d'un projet de déclaration exprimant le soutien du Conseil à une libération immédiate des marins.La ministre britannique des Affaires étrangères Margaret Beckett pourrait également rencontrer ses collègues européens vendredi, pour leur demander à leur tour de geler leurs liens bilatéraux avec l'Iran, selon le Daily Telegraph.Cette stratégie d'internationalisation de la crise ne convainc cependant pas Laleh Khalili, spécialiste du Moyen-Orient à l'Ecole des études orientales et africaines de Londres.

"Les menaces ne vont pas aider, elles ne feront que durcir les positions (...). Plus les Iraniens se sentiront menacés, plus ils voudront montrer qu'ils résistent", estime-t-elle."La meilleure façon d'agir pour la Grande-Bretagne est, compte tenu des expériences passées, de recourir à une diplomatie discrète et de permettre au régime iranien de ne pas perdre la face", juge-t-elle. "A chaque fois qu'il y a des discussions à propos de sanctions, la position de l'Iran se durcit".

Le contexte est plus tendu qu'en 2004, lorsque huit soldats britanniques avaient été capturés dans les eaux territoriales iraniennes, en raison de l'Irak et du dossier nucléaire iranien. Les tensions internes au régime iranien rendent aussi la politique de Téhéran moins lisible.Cette crise "est bien plus sérieuse cette fois-ci à cause de la guerre en Irak et du dossier nucléaire iranien", affirme Robert Lowe.

"Il est possible que cela dure encore quelques jours", estime-t-il, en rappelant qu'à l'époque, "les deux pays se parlaient beaucoup plus facilement"."Aujourd'hui, nous avons (Mahmoud) Ahmadinejad au pouvoir dont la base est les gardiens de la révolution. La situation est bien plus inquiétante simplement pour cela. Les partisans d'une ligne dure auront plus d'influence qu'ils n'en avaient en 2004", estime Mark Thomas, du Royal United Service Institute for Defence and Security Studies (RUSI) de Londres.

Les deux experts relèvent que la capture des marins est intervenue à la veille d'un vote aux Nations Unies contre l'Iran, sur son programme nucléaire. "C'est une coïncidence remarquable", estime Robert Lowe. "Il se pourrait que l'Iran soit juste en train de montrer ses muscles" face à Londres, mais aussi Washington.

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