Maurice Papon est mort quatre ans après sa libération

Maurice Papon, seul haut fonctionnaire français condamné pour complicité de crime contre l'humanité pour son rôle dans la déportation de Juifs sous l'Occupation, est mort samedi à 96 ans, a annoncé son avocat Francis Vuillemin.

(belga) Condamné en 1998 à 10 ans de réclusion, en fuite en 1999, il a été incarcéré pendant près de trois ans avant d'être remis en liberté le 18 septembre 2002 en raison de son état de santé.

Dans une déclaration à l'AFP, Benjamin Abtan, président de l'UEJF (Union des étudiants juifs de France) a souligné que si M. Papon 'a pu mourir en toute quiétude, ce n'est pas le cas de tous ceux qu'il a envoyés à la mort'.

'Le procès Papon a été un moment-clé dans la construction de la mémoire de la Shoah en France', a-t-il dit, en poursuivant : 'on se souviendra de lui non seulement comme d'un criminel mais aussi comme d'un symbole de la responsabilité de l'Etat français dans la tentative de destruction des juifs d'Europe'.

Son avocat, de son côté, a rappelé que Maurice Papon 'n'a jamais accepté sa condamnation du 2 avril 1998 par la cour d'assises de Bordeaux (sud-ouest)'.

'Maurice Papon est mort samedi 17 janvier 2007 à 16H00', a précisé son avocat, en soulignant que 'l'ancien ministre

Avant d'être rattrapé par son passé de fonctionnaire sous le régime de Vichy, Maurice Papon a connu une longue carrière dans les plus hauts rouages de l'Etat, traversant tous les régimes de la IIIe à la Ve République.

Il a notamment occupé les postes exposés de préfet de Constantine (1956-58) pendant la guerre d'Algérie, et de préfet de police de Paris (1958-67) lors de la répression sanglante de la manifestation algérienne du 17 octobre 1961, sous le général de Gaulle.

Après un bref passage à la présidence de Sud Aviation (1967), il entame une carrière politique : en 1968, il est élu député UDR avant d'être nommé, dix ans plus tard est nommé ministre du Budget dans le troisième gouvernement Barre (1978-81), sous le septennat du président Valéry Giscard D'estaing.

C'est en 1981 que le journal satirique le Canard enchaîné publie des documents datés de 1943, dont 44 signés de la main de Maurice Papon, l'impliquant dans la déportation de juifs bordelais.

Après 17 ans de bataille juridique, l'ancien fonctionnaire est renvoyé devant les assises de la Gironde en octobre 1997 pour un procès qui durera six mois, en raison notamment d'interruptions pour hospitalisation.

Après l'épuisement des recours qui induit le caractère définitif de sa condamnation, Maurice Papon a toujours clamé son innocence.

C'est ce qu'a rappelé son avocat, Me Vuillemin, en soulignant dans un communiqué que 'la Cour européenne des Droits de l'Homme a condamné la France le 25 juillet 2002 pour n'avoir pas respecté les règles du procès équitable. Le 4 avril 2002, le Conseil d'état a déchargé Maurice Papon de la moitié des dommages et intérêts dus aux parties civiles pour les mettre à la charge exclusive de l'Etat'.

Il a aussi fait valoir que 'le Conseil d'état a rétabli l'ancien préfet de police du général de Gaulle dans ses droits à pension de retraite le 4 juillet 2003, avec effet rétroactif'.

'Maurice Papon s'est battu jusqu'au bout et il est mort en homme libre alors qu'il s'apprêtait à livrer son dernier combat: l'action en réhabilitation', affirme l'avocat.

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