Paras: l'assassin présumé des dix casques bleus belges en assises

Le procès du major rwandais Bernard Ntuyahaga, accusé de l'assassinat des dix casques bleus belges tués lors de la mission ONU au Rwanda (MINUAR) le 7 avril 1994, s'ouvrira jeudi devant la cour d'assises de Bruxelles-capitale.

(belga) Bernard Ntuyahaga, détenu en Belgique depuis 2004, devra également répondre de l'assassinat de la première ministre rwandaise que devaient escorter les dix casques bleus et d'un nombre indéterminé d'homicides à Kigali et Butare entre avril et juillet 1994. Il nie toute implication dans ces faits. Ces crimes seront jugés en vertu de la "loi de compétence universelle". Ils se sont déroulés dans le cadre du génocide rwandais, déclenché après l'attentat contre l'avion du président Habyarimana, abattu le 6 avril 1994 vers 20H30. La mort des casques bleus belges, qui avait très ému la population belge, avait conduit le gouvernement à négocier le retrait du contingent belge du Rwanda. Les dix casques bleus du peloton Mortier ont été chargés dans la nuit du 6 au 7 avril 1994 de préparer une escorte pour la première ministre, Agathe Uwilingiyimana, qui devait prononcer une allocution à la radio le 7 avril au matin pour calmer les esprits très échauffés par la mort du président. Des rumeurs désignaient les Belges comme les auteurs de l'attentat. Les dix paras de Flawinne ont pris la direction de la résidence de Mme Uwilingiyimana vers 02H40. En raison des barrages, ils ne l'ont atteinte que vers 05H20. Leurs quatre jeeps sont tombées sous le feu d'un blindé. Deux ont été rendues inutilisables. La situation est très tendue et le lieutenant Lotin, chef du peloton, le signale, par radio à sa hiérarchie. Les militaires rwandais, de plus en plus menaçants, capturent Mme Uwilingiyimana qui s'était réfugiée chez un voisin et la tuent. Les casques bleus belges et leurs cinq collègues ghanéens sont encerclés. Un officier rwandais - des témoins parlent d'un major - leur enjoint de rendre les armes et, en échange, leur garantit de les mener dans un endroit sûr. L'agressivité des militaires rwandais augmente. Quatre casques bleus belges sont désarmés. Informée par radio, la hiérarchie du lieutenant Lotin signale que la seule solution est de faire ce que les militaires demandent.

Sous la menace des armes, les 15 casques bleus sont emmenés dans un minibus où se trouve le major. Ils sont conduits dans le camp Kigali tout proche occupé par plusieurs centaines de soldats rwandais et un observateur ONU de nationalité togolaise, Apedo Kodjo. Arrivés à 09H00, ils sont contraints de s'asseoir sur le sol. Ils sont rapidement l'objet de coups violents. Les casques bleus Belges sont présentés comme les auteurs de l'attentat par un major. A 09H06, le lieutenant Lotin parvient à joindre sa hiérarchie grâce au Motorola de l'observateur ONU. Il signale que ses hommes se font lyncher. C'est son dernier contact. Quatre casques bleus belges trouvent rapidement la mort. Les six autres et les cinq Ghanéens parviennent à se réfugier dans un petit local qui sera pris sous le feu des militaires rwandais. Un cinquième soldat belge est tué d'un coup de feu. Les Ghanéens sont contraints de quitter le local par la fenêtre. Les casques bleus belges opposent une résistance farouche mais finissent par succomber, entre midi et 14H00. Le dernier combattant trouve la mort après un jet de grenade par une ouverture pratiquée dans le toit. Selon le ministère public, qui s'appuie sur des témoins, comme les soldats ghanéens, le major qui a désarmé, emmené au camp Kigali et présenté les casques bleus belges comme les auteurs de l'attentat, est l'accusé, Bernard Ntuyahaga. Des experts, qui connaissaient les structures de l'armée rwandaise, estiment que le major Ntuyahaga a dû agir sur ordre et qu'il ne serait dès lors pas le commanditaire de l'assassinat.

Le Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR), basé en Tanzanie, juge actuellement cinq personnes pour, entre autres crimes commis pendant le génocide, la mort des dix casques bleus belges. Bernard Ntuyahaga, contre qui un mandat d'arrêt international avait été lancé dès 1995, a toujours nié. Mais ses déclarations - par lettre, lors d'interrogatoires au TPIR où il s'était livré en 1998 et à Bruxelles - ont fluctué au fil du temps. Il en ressort globalement qu'il dit être passé par hasard avec son minibus devant la résidence de la Première ministre et qu'il y a été interpellé par les soldats belges. Il dit qu'ils lui ont fait un geste et lui ont demandé de les déposer à un bureau de la MINUAR car ils avaient un message urgent.

Photo belga

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