Peu d'espoir que l'Iran abandonne le nucléaire

Téhéran étudie ce dimanche une offre de coopération des grandes puissances, qui a toutefois peu de chances d'être acceptée puisqu'elle exige une nouvelle fois la suspension de l'enrichissement d'uranium, déjà rejetée à maintes reprises par l'Iran.

photo Mahmoud Ahmadinejad

(afp) -L'Iran étudiait dimanche une offre de coopération des grandes puissances, qui a toutefois peu de chances d'être acceptée puisqu'elle exige une nouvelle fois la suspension de l'enrichissement d'uranium, rejetée par Téhéran.

Le ton a été donné par le quotidien conservateur Jam-é Jam, qui appartient à la télévision d'Etat, en affirmant que l'offre "n'ouvre pas la voie à une solution car elle demande toujours la suspension de l'enrichissement".

Le diplomate en chef de l'Union européenne Javier Solana a remis samedi à Téhéran une proposition de large coopération au nom du groupe 5+1, c'est à dire les membres permanents du Conseil de sécurité (Chine, Etats-Unis, France, Grande-Bretagne, Russie) et l'Allemagne.

Mais avant même que M. Solana ne rencontre le chef de la diplomatie Manoucher Mottaki, le porte-parole du gouvernement iranien Gholam Hossein Elham prévenait samedi que "la position de l'Iran est claire: aucune condition préalable à propos de la suspension de nos activités nucléaires ne peut être acceptée".

Ce qui a permis au président américain George W. Bush de s'avouer "déçu que les dirigeants (iraniens) aient rejeté cette offre généreuse".


Celle-ci reprend pour l'essentiel l'offre que le 5+1 avait présentée à l'Iran il y a deux ans, déjà par l'entremise de M. Solana.
Elle propose à Téhéran d'engager des négociations sur un éventail de thèmes allant de l'énergie nucléaire à la politique, en passant par l'économie, un partenariat énergétique, l'agriculture, l'environnement et l'aviation civile.


Dans le nucléaire, le 5+1 s'engagerait à soutenir les projets de coopération technique et la construction de réacteurs à eau légère, ainsi que la recherche, mais aussi à garantir une fourniture de combustible pour les futures centrales iraniennes.
Mais la tenue des négociations sur ces points reste conditionnée à la suspension par Téhéran de son enrichissement d'uranium pendant la durée des discussions.

Cette exigence fait déjà l'objet de quatre résolutions du Conseil de sécurité de l'ONU, dont trois assorties de sanctions.
Cela explique que le quotidien conservateur iranien Kayhan, réputé défendre le point de vue de la direction du pays, ait dénoncé dimanche avec virulence la mission de M. Solana.

"Une fois de plus il est apparu que l'offre du 5+1 est vide de sens", a écrit le journal, jugeant que "Javier Solana n'était pas ici pour négocier mais pour menacer l'Iran".

La proposition des grandes puissances s'inscrit dans une double approche consistant à tendre la main à Téhéran avec une offre de coopération et à le menacer de mesures de rétorsion s'il se refuse à suspendre l'enrichissement.
A Washington, un responsable du département d'Etat a indiqué samedi que l'ONU pourrait infliger des sanctions supplémentaires à l'Iran s'il rejetait l'offre du 5+1.

Les grandes puissances attendent non seulement un arrêt de l'enrichissement d'uranium mais aussi une plus grande coopération de Téhéran avec l'Agence internationale de l'énergie atomique.

Cette dernière s'est alarmée dans son dernier rapport, début juin, du refus persistant de la République islamique de répondre à ses questions sur un possible volet militaire de son programme nucléaire.
La poursuite par l'Iran de son enrichissement d'uranium inquiète car ce procédé permet d'obtenir aussi bien le combustible pour une centrale nucléaire que le matériau pour une bombe atomique.

Le chef de la diplomatie iranienne avait quelque peu nuancé les propos de M. Elham, en déclarant que "la réponse de l'Iran à l'offre du 5+1 dépend de la réponse logique et constructive du 5+1 au paquet iranien".

L'Iran a remis en mai à l'ONU et aux grandes capitales des propositions pour régler "les grandes questions du monde", mais ce paquet n'avait provoqué aucune réaction officielle des intéressés. Notamment parce qu'il propose d'établir en Iran même un consortium pour l'enrichissement d'uranium.

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